Kampong Cham

Kampong Cham

14 Décembre 2019 : On quitte la ville pour découvrir les campagnes Khmères

Ce matin, on se lève tôt : nous avons de nombreuses heures de bus qui nous attendent, car nous allons à Kampong Cham, à la campagne ! Nous avons apprécié Phnom Penh, mais on sent bien que l’âme du pays se trouve ailleurs. Pour aller la découvrir, une seule solution : s’enfoncer dans l’arrière-pays, là où peu d’autres s’aventurent !

Notre bus du jour est assez antique, mais plutôt confortable. Nous n’avons « que » 150 kms à parcourir, mais nous savons que nous en aurons pour au moins la demi-journée. On s’installe confortablement, et on fait passer le temps comme on peut : on lit, on joue aux jeux vidéo, on dort… Tous les moyens sont bons !

Finalement, après presque 4 heures de route, nous arrivons. Comme on nous a débarqués à la gare routière, on en profite pour acheter nos tickets pour notre prochaine destination. Les tuks-tuks se jettent sur nous, mais on réussit à négocier le prix de l’un d’entre eux. Ni une, ni deux, nous voilà sur les routes de campagne du pays.

Le panorama est effectivement bien différent de celui vu jusque-là : ici, les maisons sont construites sur le style traditionnel, c’est-à-dire sur pilotis ; les terres sont encore peu construites et on croise de nombreux animaux. C’est beau, c’est ce que nous sommes venus chercher ! Rapidement, nous arrivons à destination.

Les chambres sont elles aussi construites sur pilotis, dans un champ peuplé par les hautes herbes et les poulets. Nous sommes accueillis par le propriétaire et sa famille, qui sont adorables. On déjeune dans l’espace dédié à la restauration, puis nous échangeons. Notre hôte nous explique avoir ouvert il y a 7 mois, mais que les touristes ne commencent à arriver que maintenant. C’est une voyageuse qui l’a aidé à s’inscrire sur Booking, qui lui ramène l’intégralité de sa clientèle. Avant cela, il peinait à louer ses chambres.

Comme toujours face à ce genre d’histoires, pourtant pas racontées pour nous faire de la peine, je ne peux m’empêcher de ressentir un peu de tristesse. Ces hébergements, ce sont souvent le projet et les économies d’une vie entière, l’espoir d’une vie meilleure pour la population, très pauvre. Nous sommes contents de choisir le plus possible ce type d’établissement plutôt que de gros hôtels, car cela permet aux familles de vivre.

Après le repas, nous prenons des vélos pour aller nous promener un peu dans la campagne et découvrir le temple Wat Nokor, situé à 4 kms de notre position. La chaleur est torride, d’autant plus qu’il n’y a pas d’ombre sous laquelle pédaler. Heureusement, le terrain est plat ! Vers le temple, nous laissons nos vélos vers une vendeuse ambulante pour nous approcher.

Là, un policier (vrai ou faux, on ne saura pas… mais il semblait vrai !) nous arrête et nous demande si nous parlons khmer ou anglais. On lui répond en anglais, et il entreprend de nous donner quelques infos sur le site, avant que nous l’arrêtions : nous ferons la visite seuls. En effet, donner quelques explications puis demander une forte somme d’argent est très répandu ici. Ensuite, il nous explique que le temple est maintenant payant pour les étrangers, à hauteur de 2$ par personne. Mais oui, bien sûr… Rien de tel n’est stipulé ni sur les panneaux d’entrée, ni dans les guides, c’est donc faux.

Kampong Cham

On lui répond que nous savons que l’entrée est gratuite, mais il insiste. Du coup, j’ai la bonne idée de lui demander à voir les tickets, qu’il devra nous remettre contre paiement. Il a un petit rictus, car évidemment il n’a rien de tel. Il insiste encore en nous disant qu’en payant, on aura aussi droit à la visite de deux montagnes (elles aussi gratuites). Je ne me laisse pas démonter, et lui explique que sans ticket, on ne pourra pas prouver que l’on a payé ici, et donc que ça ne tient pas la route. Il n’a plus rien à répondre, et nous passons notre chemin, sans qu’il ne nous retienne. Bien essayé !

Le temple est abandonné, et ressemble à des ruines mayas. En réalité, j’imagine que c’est une version miniature des temples d’Angkor : c’est déjà impressionnant et mystérieux ! On imagine sans peine le sentiment des aventuriers d’autrefois qui s’aventuraient dans ces ruines mystiques, d’autant plus que les cris des chauves-souris emplissent l’atmosphère ! C’est magnifique et effrayant à la fois. Heureusement que nous sommes en plein jour.

A l’intérieur se trouve un temple Bouddhiste plus récent, joliment peint et se fondant avec les ruines restantes. C’est apaisant, beau, on est contents d’être ici. Finalement, on reprend la route pour rentrer.

Après quelques coups de pédales, nous arrivons à destination. On s’installe sur la terrasse en hauteur, on joue au billard, on passe quelques coups de fil… Bref, on profite !

Pendant la soirée, notre hôte nous rejoint à table et nous raconte un peu sa vision de son pays. Il regrette le faible nombre de touristes occidentaux, les prix élevés du pays qui font fuir les potentiels visiteurs, mais surtout la mainmise chinoise et vietnamienne sur le Cambodge. Il nous explique que ceux-ci investissent dans le pays, construisant hôtels et restaurants pour attirer des touristes de leur propre pays. Ainsi, les touristes chinois et vietnamiens, majoritaires ici, ne consomment que dans ces structures, et l’argent ne profite pas aux Khmers. C’est vrai que c’est triste, car ils auraient bien besoin de cet argent.

15 Décembre 2019 : Toujours plus loin dans la campagne de Kampong Cham

Après avoir été réveillés dans la nuit par une petite souris s’étant immiscée dans notre chambre, on sort difficilement du lit. Heureusement, la douche froide me réveille bien vite ! On prend notre petit déjeuner, puis on file sur notre scooter : aujourd’hui, nous avons plein de choses à voir ! Notre hôte nous explique que les chants que nous entendons depuis la veille dans le village sont à l’honneur d’une personne décédée la veille, et que ces chants doivent être diffusés 7 jours durant. Nous voilà prévenus !

Nous commençons par nous rendre à Phnom Pros (la colline des hommes) et Phnom Srei (la colline des femmes). C’est à une petite dizaine de kilomètres, et il paraitrait que les lieux sont jolis. La route se passe bien, elle est goudronnée (!) et en assez bon état, donc on arrive rapidement. On a de la chance, on peut laisser notre scooter à côté du temple, cela nous évite de marcher, ce qui est bien appréciable vu la chaleur écrasante qu’il fait aujourd’hui.

Le temple est beau et impressionnant, bien que nous ne puissions pas entrer à l’intérieur. On a aussi la surprise de découvrir que de nombreux singes y ont élu domicile ! Ils sont moins menaçants qu’à Kep, mais on préfère garder nos distances, au cas où. On profite de la quiétude des lieux, puis on remarque qu’un autre temple est ouvert, tout à côté. On se déchausse, puis on entre.

Phnom Pros et Phnom Srei

Un grand repas se prépare, il y a plein de femmes qui s’affairent. On les salue, elles aussi. Elles nous expliquent qu’elles préparent le repas des moines, qui aura lieu à 11h. En effet, les moines dépendent de la communauté pour leur repas : ils n’achètent jamais de nourriture. Le temple est rempli de peintures religieuses, et nous les contemplons : c’est beau, c’est serein ici. L’une des femmes discute un peu avec nous, et nous la remercions de cet échange en effectuant le sompiah, le salut traditionnel. Il se fait en joignant les mains l’une contre l’autre, et en s’inclinant légèrement, tout en regardant son interlocuteur dans les yeux. Elle a l’air de beaucoup apprécier ce geste, son visage s’illumine d’un sourire. Elle nous offre même des bouteilles d’eau ! Un geste, qui peut paraître simple ou quelconque, peut vraiment faire la différence.

Nous repartons, direction Phnom Srei, juste en face. Nous avons appris qu’il ne fallait pas donner d’argent aux enfants, faisant souvent partie d’un réseau, mais qu’il fallait donner aux personnes âgées : dans ce pays, un ancien livré à lui-même est réellement pauvre, car ce sont normalement à ses enfants de subvenir à ses besoins. Ainsi, si un vieil homme ou une vieille femme fait la mendicité, il faut l’aider en lui donnant quelque chose. D’ailleurs, tous les Khmers se plient à la règle, et la radinerie est très mal vue ici. Au pied des escaliers menant au temple, une vieille dame est assise, un petit panier à ses pieds. Nous imitons les locaux et lui faisons une donation. En remerciement, elle murmure une bénédiction.

Maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses : de nombreuses marches (peut-être 200) nous attendent, pour monter en haut de la colline. L’escalier est magnifique, bien que raide. Une fois en haut, le panorama est superbe : on a vue sur toute la campagne environnante. Un vieux monsieur parle un peu avec nous, et nous faisons le tour tranquillement. Ici aussi, le lieu est apaisant.

Finalement, nous repartons, direction le centre-ville.  A côté de Kampong Cham, bordée par le Mékong, se trouve Koh Paen, une île autrefois reliée à la terre ferme par un unique pont en bambou, fabriqué à la main. A chaque saison des pluies, et donc crue du Mékong, le pont était détruit, et l’île se trouvait donc en autarcie quelques mois par an. La saison des pluies passée, il fallait ensuite tout recommencer. Aujourd’hui, le pont est moins large qu’avant, et n’existe plus qu’à des fins touristiques : un pont en béton a été construit quelques kilomètres plus loin. Un jour, il est possible que cette tradition se perde complètement.

On s’approche, et on ne résiste pas à l’envie de faire quelques pas sur le pont. C’est incroyablement solide ! C’est aussi assez stupéfiant d’imaginer des véhicules rouler dessus. On immortalise le moment, puis on prend le pont en béton pour traverser à scooter. On arrive sur une île nouvellement goudronnée, mais qui n’a pas perdu son authenticité. Nous sommes en territoire Cham, c’est-à-dire la communauté musulmane du Cambodge. A Kampong Cham, à part dans le temple visité la veille, nous n’avons croisé aucun touriste. C’est vraiment agréable !

Koh Paen

Nous parcourons l’île à scooter, en passant parfois par des sentiers de terre, au milieu de champs. La conduite n’est pas toujours facile, mais Cyril s’en sort bien. L’atmosphère est si calme ici, nous avons l’impression d’être catapultés des années en arrière. Les maisons sont sur pilotis, en bois, très traditionnelles. Il n’y a pas de point d’intérêt en particulier, mais la vie locale en elle-même vaut le détour. Les enfants nous crient « hello ! » et nous font de grands signes, tout le monde nous sourit. C’est très agréable.

Au bout d’un moment, on trouve un passage jusqu’au Mékong. Une gigantesque plage de sable (c’est la marée basse) nous emmène jusqu’au lit de la rivière. On laisse notre scooter à la fin du sentier (mais quand même dans le sable, ce qui, on l’apprendra, n’était pas une bonne idée), puis on se dirige vers l’eau. Il y a au moins 200 mètres à parcourir, et avec la chaleur, on se croirait dans un véritable désert. Wahou, heureusement que l’on a mis de la crème avant de partir ! On observe les pêcheurs Cham sur leurs bateaux, les femmes qui s’affairent, les enfants qui les rejoignent. On croise même une fermière qui emmène ses bœufs près de la rivière pour les abreuver ! C’est vraiment très beau à voir.

Au bout d’un moment, nous sommes en nage (il doit faire au moins 35 degrés), et nous décidons de faire demi-tour. J’attends Cyril sur le chemin, mais il galère à ramener le scooter en terrain praticable. Il ne cesse de se tanker dans le sable, mais heureusement il finit par le décoincer : ouf !

Après encore une vingtaine de kilomètres, nous retrouvons notre havre de paix, où nous en profitons pour faire un peu de lessive et nous reposer.

5 commentaires

  1. Bonjour les amoureux. Je suis ravie que vous soyez sortis des sentiers battus. Nous connaissons bien cette région -surtout les petits villages alentours – car nous faisons partie d’une association créée à l’origine à Villefontaine par des Khmers expatriés. Elle vient en aide à une dizaine d’écoles situées en milieu rural dans la province de Kompong Cham. J’essaierai que votre récit donnera l’envie à vos lecteurs de se rendre dans le Cambodge profond afin que ses habitants profitent des retombées touristiques. Encore une fois merci pour vos récits si bien documentés. Amicalement

    1. Bonjour et merci pour votre gentil commentaire ! Nous avons aimé nous éloigner un peu des sentiers battus, cela permet de voir le pays autrement !

  2. Ou êtes vous, ? ….nous avons besoin de vos articles pour avancer dans notre voyage
    Plein de bises en espérant vous lire prochainement
    La famille française croisée en chine

    1. Hello !
      Merci pour votre petit message ! Nous sommes à Koh Lanta, en Thaïlande en ce moment. Un nouvel article va bientôt arriver, en attendant vous pouvez regarder nos quelques vidéos sur youtube si ce n’est pas déjà fait ?
      Tout va bien pour vous ?
      Amicalement,
      Marianne et Cyril

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