Kazan, un pied dans le Tatarstan

3 jours à Kazan

23 août – Arrivée à Kazan et première expérience en Couchsurfing

À 8h piles, comme prévu, notre train arrive en gare de Kazan. Nous devons retrouver notre hôte directement chez lui, à 6kms du centre ville. Pour les deux jours à venir, nous sommes hébergés en Couchsurfing, c’est-à-dire gratuitement chez une personne de la ville.

A Kazan, il n’y a pas de WiFi partout, c’est donc très compliqué de commander un Yandex Taxi, sorte de Uber local. Après 30 minutes à tourner dans la ville avec nos gros sacs, on finit par trouver une WiFi gratuite, et on commande notre taxi.

On fait la rencontre de notre chauffeur, qui est Kirghize mais d’origine chinoise. Il nous explique que sa famille a fui la Chine il y a une trentaine d’années car là-bas, un génocide musulman est à l’œuvre. C’est toujours le cas aujourd’hui, et on estime à 1 million le nombre de musulmans en camps de concentration en Chine.

Son histoire est très triste, et il nous dit vouloir partir pour les États-Unis grâce à sa nouvelle Green Card. Finalement, on arrive dans un quartier à l’air assez délabré, et notre chauffeur s’inquiète pour nous. Il appelle notre hôte et restera avec nous jusqu’à que celui-ci arrive. On lui souhaite bonne chance pour la suite.

Notre hôte du week-end, c’est Greg, 28 ans, qui vit avec son père dans l’appartement que ce dernier a construit à l’époque soviétique. Son père a une maison de campagne, donc il ne sera pas présent.

Greg nous emmène dans une Stolovaya, cantine russe qu’il connaît bien, pour que nous prenions notre petit déjeuner. On goûtera à beaucoup de choses, car ici les prix sont dérisoires, et on a bien besoin de manger. On dégustera une soupe de légumes, des petits pains garnis de fromage blanc solide, de la compote, qui est une boisson à base de fruits séchés pressés, du café… Tout ça pour moins de 4€.

Bien remplis, on repart direction le magasin de location de vélo, afin de découvrir la ville plus facilement. Sur le trajet, on échange sur nos vies respectives, et on apprendra que Greg vit simplement, se déplace toujours à vélo, et que son travail ne le paye que si la machine sur laquelle il travaille fonctionne. Il est payé 2€ de l’heure par machine, et il a deux machines. Il travaille beaucoup, parfois jusqu’à 16h par jour.

Il aime son travail, mais ne nous cache pas que la vie est difficile ici. Effectivement, l’appartement est assez sommaire, mais Greg a la joie de vivre et ne se plaint pas. Pour nous, c’est la première fois que nous sommes confrontés à cela, et on prend encore plus la mesure de la chance que nous avons.

Arrivés au magasin, on grimpe sur nos vélos : au programme, un trentaine de kilomètres nous attendent. J’ai un peu peur, cela fait longtemps que je n’en ai pas fait, et encore moins en ville ! Mes premiers coups de pédale sont hésitants, mais je m’en sors.

On rejoint la ville en longeant une rivière qui nous offre une superbe vue sur Kazan, ça promet ! Après un bon moment, on arrive au Kremlin. Kazan est située dans le Tatarstan, une sorte de République indépendante de Russie. Du coup, ils ont un gouvernement, et un peu d’indépendance.

La vieille ville est superbe, et agréable à vivre. Ici, il y a peu de monde et très peu de touristes. Autant vous dire que cela nous fait du bien, et que ça nous change de Moscou et Saint Pétersbourg! On découvre la grande mosquée de Kazan, construite il y a 15 ans seulement, et on peut entrer à l’intérieur. C’est magnifique. Dans cette ville, il y a 50% de chrétiens, et 50% de musulmans ; et tout le monde vit en paix.

Visite de Kazan

Après une promenade très intéressante, on va manger dans un restaurant Tatar, il est déjà 15h30. Au menu, des galettes fourrées de toutes sortes de choses, et une pâtisserie. On se régale et ça nous requinque.

On part rejoindre une amie de Greg, qui se joint à notre petit groupe à vélo. On pédale dans différents parcs, et cela nous fait du bien d’être un peu dans la nature : ce n’est qu’une fois dans la forêt que l’on s’est rendus compte à quel point cela nous avait manqué.

A Kazan, la vie est calme et agréable, et la ville est pensée pour ses habitants : on y trouve de nombreux endroits où se reposer. Les visages changent, les blonds aux yeux bleus ne sont plus en majorité, et il y a une grande diversité.

On passera sur la promenade du Kremlin, pendant le coucher de soleil, et la vue est superbe : la ville se détache, au dessus de la rivière. Cela a quelque chose de magique.

Promenade du Kremlin

Cette fois, on est crevés, HS, au bout du bout, et pourtant on a encore une dizaine de kilomètres à pédaler pour rejoindre l’appartement de Greg, et surtout le magasin de location. On a 20 minutes pour être à l’heure, alors on jette nos dernières forces dans cette course contre la montre. Ma peur du début s’est envolée, et je monte et descend les trottoirs facilement. De toutes façons, il faut se dépêcher.

Une minute avant la fermeture, on arrive. On est pantelants, mais on l’a fait. On achète des bières, on commande des pizzas, puis on rejoint notre Home sweet Home. On se douche, on lave nos vêtements, puis on passera une bonne partie de la soirée à discuter.

Finalement, épuisés, on part se coucher. On a besoin de repos, car demain on va à un festival de folklore, et on risque de peu dormir !

24 août – Festival de folklore et expérience mystique

Ce matin, c’est grasse matinée au programme. Nous sommes tous fatigués de la journée de la veille, donc comme je me suis réveillée plus tôt que les autres, j’en profite pour avancer sur les articles de blog.

Vers 11h30, Greg et son amie Kate se réveillent, alors on sort de notre chambre pour les rejoindre. Greg propose de cuisiner des pancakes traditionnels russes, à base de Cottage Cheese. On accepte avec joie ! Il part sur son vélo pour chercher les ingrédients nécessaires, et de notre on va retirer de l’argent pour le festival.

Greg de retour, il prépare sous nos yeux les pancakes, sans avoir besoin de recette ni de verre doseur. Il nous montre comment les faire cuire, puis prépare du porridge aux raisins secs. Il a également ramené du raisin frais, au goût délicieux. Ce petit déjeuner est excellent, tout a un goût exquis, et cela nous cale pour un bon moment.

Ensuite, on prend nos gros sacs pour aller faire quelques courses en vue du festival : là-bas, nous serons hébergés chez des amis de Greg, et nous devons ramener de quoi manger, car cela ne se fait pas d’arriver les mains vides. On prend des saucisses, du fromage, du pain, des fruits de toutes sortes et de la bière. On appelle un Yandex taxi, et on décolle direction le Festival Krutushka, à une quinzaine de kilomètres de Kazan.

On ne sait pas trop à quoi s’attendre, et une fois arrivés, on marche presque 1 kilomètre à travers la forêt pour rejoindre la maison des amis de Greg. Cette maison, ou plutôt grande cabane en bois, est située au cœur de la forêt, avec d’autres maisons de ce type. C’était un fait un ancien camp pour étudiants, dans les années 60. Maintenant, il ne reste que les habitations des professeurs, disséminées entre les arbres. Ici, tout le monde se connait.

On arrive devant la maison-cabane, où la famille d’Iskandel, l’ami de Greg, nous salue. C’est vraiment un endroit indescriptible, on a l’impression d’être dans les années 60 : c’est extrêmement simple, et pourtant Iskandel nous explique qu’ils sont très heureux ici. Cette maison, ils n’y vivent qu’en été, car il n’y a pas de chauffage et les hivers sont rudes : la température moyenne est de -25°C, et la neige recouvre le sol à hauteur de 1m50.

On pose nos affaires, nous dormirons dans le grenier d’une des cabanes, et on part direction le festival, tout à côté. On paie nos droits d’entrée, et les organisateurs nous regardent avec curiosité, car on est les seuls étrangers ici !

Nous découvrons tout d’abord un grand marché artisanal, avec de très beaux objets, des vêtements traditionnels colorés, des bijoux… Je veux un bracelet tissé de chaque pays où je suis allée, alors j’en achète un, tissé de fils verts, blancs et marrons. Il est très beau, voilà un bracelet acheté dans un endroit très spécial, que je ne suis pas près d’oublier.

Nous rejoignons ensuite la scène musicale, où différents groupes jouent. Les sonorités nous sont inconnues, mais très belles. Ici, l’ambiance est très apaisante : les gens sont assis sur des bottes de paille, des plaids, beaucoup portent des vêtements traditionnels, et écoutent et chantent ces musiques ancestrales.

On retourne vers le marché, et on s’achète des petites tartelettes cuites au feu de bois, aux champignons : c’est délicieux ! La nuit tombe petit à petit, et les musiques se font plus rythmées : les gens dansent, nous aussi.

On rejoint Iskandel dans l’une des maisons-cabanes, où il nous propose de manger ce qu’il a préparé : une soupe, des champignons cueillis par son frère dans cette forêt, des patates, et du thé. Iskandel est extrêmement accueillant, gentil, et on s’entend très bien. Il nous accueille comme s’il nous connaissait depuis toujours. Ici, on se sent bienvenus, et on échange sur nos vies, sur notre voyage…

Festival Krutushka

Après cet excellent repas, on retourne vers la scène musicale. Il est plus de 22 heures, et un groupe de musique venu de l’est de Russie, l’Uragsha, à la frontière de la Mongolie, se produit. Les sons sont très rythmés, et ils chantent avec leur gorge, appelés chants khöömei. Le résultat est fascinant, on danse, on s’amuse, on est émerveillés.

Vers 23h, la scène se vide, et il est temps pour nous de découvrir le cœur du festival, c’est-à-dire ce qu’il se passe après. Nous traversons les nombreuses tentes installées, où un nombre énorme de feux de camps crépitent. Les chants s’élèvent dans la nuit, les guitares et les percussions les accompagnent.

On arrive devant notre feu : ici, la bière passe de main en main. Cyril part chercher du bois pour tenir une bonne partie de la nuit, puis nous nous installons, bien au chaud. Ici, il fait froid la nuit !

Nous vivons un moment indescriptible, hors du temps, qui restera à jamais gravé en nous. Ceux autour du feu jouaient de leurs instruments, sans se concerter, et pourtant l’harmonie était parfaite. D’autres improvisaient des chants, d’une beauté sans nom, aux sonorités mystiques. Nous n’avons pas de mots pour décrire tout cela, l’atmosphère, la chaleur, la sensation d’être petits et pourtant de faire partie d’un tout.  

Au Tatarstan et à Kazan, les gens sont collectivistes, ils se connaissent, aussi ils sont très surpris d’apprendre que nous ne connaissons même pas nos voisins en France. Ce type de société met du baume au cœur, on sent une véritable cohésion.

Vers 3h du matin, nous regagnons la cabane-maison : il se fait tard, et notre feu est l’un des derniers. On grimpe dans le grenier avec une petite échelle, et on rejoint nos couches : de très vieux lits. On s’enroule dans nos duvets bien chauds, et on s’endort très vite.

25 août – Hospitalité tatare et aurevoirs

On ouvre les yeux, et il est déjà 11h du matin. On a dormi comme des souches, les duvets sont testés et approuvés ! On range nos affaires, et on descend. Greg est déjà réveillé, il nous attendait pour rejoindre Iskandel.

On retrouve ce dernier dans la cabane de sa tante, où est située la cuisine et la « salle à manger », qui est en fait une chambre où se trouve une table. On salue toute la troupe, et la maman d’Iskandel. Sa maman met un point d’honneur à préparer un solide petit-déjeuner pour nous.

Hospitalité Tatare

Encore une fois, nous sommes vraiment touchés par tant de partage, de gentillesse, d’hospitalité. Petit à petit, la table se remplit de mets aux odeurs délicieuses : charcuteries, fruits, yaourts, champignons de la veille, patates, soupes, fromages, thé, poulet… C’est incroyable. On se régale, en immersion complète dans la famille d’Iskandel. On se sent chez nous ici.

Nous devons lever le camp, car Iskandel souhaite nous montrer la campagne environnante. Nous prenons sa maman dans nos bras, elle nous demande d’être prudents, de prendre soin de nous, et de bien profiter. On la remercie mille fois, on est émus de s’en aller. Elle nous donne un sac rempli de pommes du jardin.

Après une petite promenade, cette fois il est vraiment temps d’y aller. Notre train est dans trois heures, et nous devons prévoir une marge le temps de regagner la ville, faire quelques courses pour manger dans le train et trouver de quoi préparer une ratatouille pour nos prochains hôtes.

Très émus, on dit aurevoir à nos nouveaux amis. On est tristes de partir, mais on ne pouvait pas rester éternellement avec eux ! On les remercie pour tous ces beaux moments, cette expérience, cet accueil si chaleureux. Le taxi arrive, on disparaît dedans.

(Les mamans, ne lisez pas ça) La conduite en Russie, c’est un peu fast and furious. Je regarde par la fenêtre, c’est impossible pour moi de regarder ce qu’il se passe sur la route. Même Cyril serre les fesses, pour vous donner une idée ! On finit par arriver sains et saufs, et on part dans le supermarché conseillé par Greg.

On achète tout plein de choses, pas moins de 14h de train nous attendent cette fois-ci ! Les bras chargés de provision, et de quoi faire notre fameuse ratatouille, on passe les portiques de sécurité, puis en entre dans le train, direction Ekaterimbourg, la frontière entre Europe et Asie ! Au revoir Kazan !

7 commentaires

      1. Coucou chers tous deux merci pr ces partages, j’ai adoré l’épisode du festival ! Quelles sensations vs avez dû vivre, c’est merveilleux, se sentir intégré
        malgré sa difference, seul mais pas seuls … Vs avez pu enregistrer qlq morceaux de musique ? Vos magnifiques hôtes, quelle générosité, bravo à vs deux de susciter aussi cela. Petite question encore comment communiquez -vs? Merci à ts deux et mesvoeux pr de nlles belles rencontres .✨✨❣️..

        1. Coucou !
          C’est vraiment un des coups de cœur de la Russie pour nous ! Oui, on a quelques morceaux de musique, tu peux les voir sur la vidéo qu’on a faite sur Kazan.
          La majeure partie des gens qui utilisent Couchsurfing parlent anglais, donc on communique comme cela ! Sinon, les gestes fonctionnent bien aussi 🙂

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