Khövsgöl

Khövsgöl

26 Septembre 2019 : Une journée sur la route, en direction de la région Khövsgöl

Ce matin, on se réveille juste avant 7h, et Sunny nous apporte tout de suite le petit-déjeuner. Aujourd’hui, nous levons le camp à 8h, car une journée complète de route nous attend. Comme nous avons décidé de rester un jour de plus près du White Lake, nous allons directement à la grande ville de la région Nord : Mörön, ce qui représente près de dix heures de route.

A 8h piles, on décolle, et on est partis pour de longues heures sur une piste défoncée. La route est vraiment pénible, on saute dans tous les sens, et plusieurs fois notre chauffeur sort vérifier que rien n’est cassé dans la voiture.

Le paysage qui se déroule est superbe, tout n’est qu’orange et jaune. Ici, l’automne est déjà bien avancé ! Au bout de quatre bonnes heures de route, nous arrivons en haut d’une montagne : c’est ici que la région nord de Mongolie commence. Nous avons l’impression d’être sur les toits du pays : on surplombe toutes les autres montagnes, qui se déroulent à perte de vue. Nous sommes dans la chaîne des montagnes Khangaï.

On continue notre route, fatigués, et après encore plus d’une heure, nous arrivons au village où nous aurions dû dormir la veille. Heureusement qu’on a décidé de sauter cette étape ! Le village est minuscule, sans aucun charme, et assez mort. On mange un plat dans le seul restaurant qu’il y a, puis on repart. Notre chauffeur s’achète une canette de Red Bull, il s’endort à moitié sur le volant, ce qui n’est pas rassurant !

Tour à tour, Cyril et moi nous allongeons sur les genoux de l’autre pour tenter de dormir un peu : ce n’est pas la grande forme ! Le chemin est en très mauvais état, c’est donc difficile, mais mieux que rien. Vers 18h, au détour d’une montagne, on finit par apercevoir une grande ville : c’est Mörön ! Après 10h de trajet dans ces conditions, on est tous contents d’arriver, d’autant plus que nous devons passer la nuit dans une guesthouse avec douche et WiFi.

Encore une fois, on apprend qu’il vaut mieux ne rien espérer… la guesthouse consiste en quelques yourtes posées dans un jardin, et il n’y a pas de douche. On est un peu déçus, d’autant plus que la WiFi ne tient pas ses promesses. On passe la soirée à tenter de régler les soucis de paiement de notre guide, puis on est invités à manger par la famille qui vit dans la maison principale.

Pour la première fois de la journée, c’est une bonne surprise ! La famille fête les 1 ans de la petite fille de la maison, et la table est recouverte de mets festifs : marmotte, poisson, salades, gâteau, desserts… Nous avons été les seuls étrangers à être conviés à la fête. Les garçons goûtent la marmotte, et je mange du poisson : tout est très bon. On est encore une fois frappés par l’hospitalité des Mongols.

Peu à peu, d’autres personnes arrivent, et nous laissons la place pour qu’ils puissent aussi profiter du repas. Ici, les températures sont plus froides, alors on file se réfugier dans notre yourte et allumons un feu pour nous réchauffer. On avance sur nos récits, car on n’aura pas l’occasion de travailler sur le blog de sitôt ; puis on va se coucher : demain, encore beaucoup de route nous attend.

27 Septembre 2019 : Administratif pour s’approcher de la frontière Russe

Ce matin, on se réveille vers 8h30 : rien ne presse, car notre chauffeur est parti récupérer nos Border Permits, les précieux sésames qui nous permettront de nous approcher de la frontière Russe. On traîne, on déjeune, je continue d’avancer sur le blog. Les températures ont vraiment chuté, et même au soleil, j’ai les mains gelées. Cela nous prépare un peu pour le grand nord du pays, où il y aurait déjà de la neige.

Notre chauffeur revient vers 10h30, et repart avec Nico et Cyril faire quelques courses, car il ne nous reste plus grand-chose pour la semaine restante. Aussi, nous en profitons pour acheter quelques cadeaux pour les familles que nous allons visiter.

Finalement, à 12h, nous décollons. A notre grande surprise, on ne mange pas en ville, mais on trace directement dans les steppes. Rapidement, nous prenons de l’altitude, et on ressent le froid à travers les fenêtres ouvertes.

On roule depuis un bon moment, et les pistes défoncées nous fatiguent vraiment. A 16h, on meurt de faim et on commence une campagne pour que l’on s’arrête manger, bien que l’on soit au milieu de nulle part. Notre chauffeur refuse, car il fait trop froid pour pique-niquer, mais on n’en peut plus, alors on insiste lourdement.

Finalement, on s’approche d’une yourte où une famille vit, et nos guides leurs demandent s’ils accepteraient de nous laisser cuisiner chez eux. En Mongolie, il est très impoli de refuser l’hospitalité à ceux qui en ont besoin, donc ils acceptent. On pénètre dans leur yourte, très sommaire, et ils nous servent des fromages de leur fabrication, du pain, du fromage blanc, et un plat aux garçons. Pour moi, Sunny me cuisine des nouilles aux légumes, c’est très bon. Elle fera cependant l’erreur de mettre du beurre fabriqué par la famille à l’intérieur, ce qui nous rendra tous malades.

Repus, on repart pour encore de nombreuses heures de route. On s’arrête au passage dans un village récupérer le petit-fils de la famille dans laquelle on va dormir, et nous finissons par arriver, vers 20h. On est épuisés par la journée, et on se sent tous un peu patraques. On passe un moment dans notre famille d’accueil, puis on file se coucher : demain une longue journée à cheval nous attend !

28 Septembre 2019 : Quand la balade à cheval tourne au cauchemar

Ce matin, on se prépare et on est prêts rapidement, mais nous ne partons à cheval qu’à partir de 11h. Il est prévu que nous chevauchions environ 7h, afin d’arriver dans l’ethnie des Tsataan : des mongols très nomades, qui changent de place toutes les 2 ou 3 semaines, et qui vivent exclusivement des rennes qu’ils élèvent. On est très excités à l’idée de les rencontrer, c’est une expérience rare, et qui se mérite !

Les chevaux que nous avons cette fois sont plus sauvages, et aussi plus grands. Nous sommes accompagnés du grand-père de la famille, qui nous guidera, et de sa femme, qui reste avec nous un temps seulement, pour aller chercher différentes plantes dans la nature et rejoindre leur maison d’hiver.

Rapidement, on doit traverser un très grand cours d’eau, mais on s’en sort bien. La route n’est pas trop difficile, cependant nous sommes toujours un peu malades et ce n’est pas la grande forme. On s’arrête un petit peu pour se dégourdir les jambes, et on repart. Les vues se succèdent et ne se ressemblent pas : tout est magnifique ici, et les traces de présence humaine sont quasi inexistantes.

Nos deux accompagnateurs nous surprennent : ils ont plus de 60 ans, et pourtant ils se débrouillent comme des chefs sur leurs chevaux. De temps à autre, la grand-mère saute de sa monture pour cueillir des oignons sauvages et récupérer diverses racines dans les cachettes des souris, qu’elles ont créées en vue de l’hiver à venir. C’est incroyable de voir ces personnes vivre de la nature autour d’eux, de ne rien gaspiller.

Le rythme est assez lent, ce qui nous convient bien, car cela est moins fatiguant. Vers 14h, on s’arrête manger un bout, on goûte également quelques racines, puis on repart. Le vieil homme nous confie qu’il est difficile de savoir avec certitude où les Tsataan vivent exactement, car ils bougent très souvent. Il nous explique que l’on risque devoir monter la nuit, mais que cela devrait aller.

Tsataan

Vers 17h30, sa femme nous quitte, et nous croisons une petite maison d’hiver, que nous dépassons pour nous enfoncer dans une forêt. A priori, les Tsataan se trouveraient derrière la montagne que nous longeons. On est confiants, bien qu’épuisés par les 30 kilomètres que nous avons déjà parcourus.

Malheureusement, plus le temps passe, plus le ciel s’assombrit, et la montagne semble ne jamais vouloir se finir. On est à bout de forces, et pourtant on prend sur nous. Peu à peu, la forêt devient marécageuse, et nos chevaux pataugent dedans, trébuchent à chaque pas.

Vers 18h30, alors qu’il fait très sombre et que nous sommes au cœur de la forêt, nous entendons des chants. On se met à crier, c’est sans doute les Tsataan qui viennent nous chercher ! Après une quinzaine de minutes, deux hommes à cheval arrivent. Ce ne sont que des cueilleurs de baies, et il fait maintenant vraiment noir. On pousse encore nos chevaux, on veut au moins sortir de cette forêt marécageuse, mais à 20h, notre cortège s’arrête : notre guide avoue s’être perdu.

Les cueilleurs de baies restent avec nous, et notre guide nous fait signe de descendre. On trouve un petit coin de sec pour s’asseoir, en attendant de connaître la suite du programme. Notre guide ne nous traduit rien, et on se retrouve tous les trois à se demander à quelle sauce on va être mangés. Après un long moment, alors que rien ne se passe et que l’on perd du temps tout en se refroidissant, car les températures deviennent glaciales, je demande ce qu’il se passe. A priori, l’un des deux cueilleurs va partir en reconnaissance, pour voir s’il peut trouver les nomades.

Après une vingtaine de minutes, il revient, et parle mongol au reste du groupe. Cela dure encore un long moment, et on ne sait absolument pas ce qu’il se passe : a-t’il trouvé le camp ? Ça commence à m’agacer sérieusement, et je demande à Sunny ce qui est en train de se décider. Elle tourne autour du pot, puis nous répond : à priori, on dort ici.

Cette fois, c’en est trop. Dormir ici, dans la boue et dans l’eau, alors que nos chevaux s’embourbent, et que la nuit les températures atteignent les -5°C ? Nous ne sommes pas équipés, nous n’avons ni tente ni tapis de sol, et ici, il est impossible de faire du feu vu l’état du sol : il ne faut pas être nomade pour deviner que c’est une très mauvaise idée.

Je me mets à hurler que cela fait déjà au moins une heure que l’on perd du temps dans cette forêt à se poser des questions qui n’ont pas lieu d’être, qu’il est hors de question que l’on dorme dans la boue, et qu’ils ont intérêt à trouver une solution. On pense bien à la petite maison que l’on a croisée, mais elle se situe à 7 kms de notre position. Nous sommes dans le noir complet désormais, la forêt est terriblement marécageuse et nos chevaux sont épuisés : il est au moins 21h.

Les cueilleurs de baies décident de faire demi-tour, pour trouver un abri. On commence à faire quelques pas, mais nous avons seulement deux lampes torches pour six personnes. A chaque pas, on s’enfonce. Finalement, les marécages deviennent infranchissables, et nos guides nous demandent de remonter à cheval. Je fonds en larmes, je n’en peux plus, j’ai mal partout et remonter à cheval est vraiment dangereux. On ne voit rien, les chevaux trébuchent et nous n’avons pas de bombe : si on tombe, c’est l’accident assuré.

Les hommes autour de moi sont désemparés de me voir pleurer ainsi : j’ai envie de me rouler en boule et d’attendre des secours, qui ne viendront pas. Ici, il n’y a ni réseau, ni internet. Les garçons sont aussi épuisés et perdus que moi, mais ils gardent la face. L’un des cueilleurs attrape la longe de mon cheval, et me guide à travers la fange et les arbres. On se suit, on s’appelle de temps à autre pour vérifier que personne n’est perdu.

Je sanglote sur mon cheval qui trébuche toujours plus, je vois bien que les cueilleurs cherchent à sortir des marécages pour que l’on puisse camper au sec. Je suis désemparée, c’est évident que c’est dangereux de dormir en plein air dans de telles conditions…

Alors que mon cheval trébuche une ultime fois, je demande à descendre. Les pauvres bêtes ont plus de 10 heures dans les pattes, elles n’en peuvent plus. Cyril descend également, et on continue à pieds. Finalement, on aperçoit la petite maison d’hiver au loin, et nos accompagnateurs qui attachent les chevaux près de celle-ci. Il est 23 heures.

Je n’en reviens pas : nous l’avons fait. Je pensais réellement devoir dormir dehors, car parcourir 7 kms de plus, en pleine nuit et dans les marécages paraissait impossible. Je me précipite vers la porte, et tire : heureusement, il n’y a aucun verrou ici.

Cyril et Nico me rejoignent : il y a même un poêle ! On s’assoit par terre, et je pleure encore : de colère, de soulagement, de peur. J’ai vraiment cru qu’on ne passerait pas la nuit tant les températures sont extrêmes. Nos accompagnateurs arrivent, et on déroule nos sacs de couchage à même le sol, à défaut de lits. Notre guide prépare un petit repas, et les hommes vont chercher du bois et allument le feu.

Nous sommes un peu en état de choc, mais aussi encore malades. Cyril vérifie : nous avons parcouru plus de 44 kms à cheval aujourd’hui. Les cueilleurs de baies nous posent quelques questions, nous mangeons un peu, puis nous nous réfugions dans nos duvets : il est minuit, et on n’en revient pas : est-ce un cauchemar ? Alors que notre guide range la vaisselle, l’un des cueilleurs lui avoue que si je n’avais pas pleuré, on aurait dormi dans la forêt, à même la fange. A ce moment, je suis ravie d’avoir craqué : il fait si froid dehors, cela aurait été impossible. On s’endort, épuisés de cette journée.

29 Septembre 2019 : Une croix sur les Tsataan

Ce matin, on se réveille à 9h, au bruit de nos compagnons qui s’affairent dans la maison. Le grand-père qui nous guide est absent : il est parti à la recherche des Tsataan. On a mal de partout : la nuit à même le sol n’a rien arrangé à nos courbatures.

On se prépare doucement, et le vieux monsieur arrive : on tire les vers du nez à notre guide, qui commence à nous agacer à ne nous communiquer aucune information. A priori, les Tsataan se trouveraient à 2 heures de notre position. Encore une fois, les mongols n’ont pas la même notion du temps que nous, et beaucoup n’ont même pas de montre ! De plus, on ne sait pas à quelle allure allait le vieil homme.

Après une courte réflexion, on décide de refuser d’aller voir la tribu des rennes. Cela ajouterait encore au moins 2 heures de cheval aux 10 heures de prévues le lendemain pour rentrer : c’est beaucoup trop pour nous, nous sommes à bout. De plus, nos guides ont très mal géré les ressources : sur les 6 bouteilles d’eau de 1,5L prévues pour 3 jours, il n’en reste qu’une, alors que nous ne sommes qu’à l’aube du second jour ! Cela serait définitivement trop dangereux d’entreprendre un tel périple au vu de notre état et de la quantité d’eau restante.

Le cœur serré de ne pas avoir pu rencontrer les Tsataan, on selle nos chevaux, puis on repart en direction du camp de base. On a très mal de partout, et les 33 kms qui nous attendent nous démotivent. Heureusement, on descend assez souvent pour marcher à côté de nos montures et étirer nos muscles.

On fait une pause pour déjeuner, mais comme nous sommes malades, rien ne passe vraiment. Nous repartons, pas vraiment au mieux de notre forme. Les paysages sont beaux, mais cela s’apparente un peu à de la marche forcée, et on a du mal à en profiter.

Plus le temps passe, moins je me sens bien : maintenant, je suis carrément nauséeuse. Il nous reste encore de nombreux kilomètres, et le temps file. L’air se refroidit, on n’a qu’une peur : que le scénario de la veille ne se reproduise, car il est déjà plus de 17 heures. Sunny, notre guide, nous propose de nous arrêter pour prendre un thé. On refuse, car cela nous ferait perdre encore presque 1 heure, et on se pose de sérieuses questions sur sa logique.

On serre les dents, on presse nos chevaux malgré la douleur : il faut que l’on se dépêche. On traverse de nouveau le grand cours d’eau, et on aperçoit au loin les yourtes du camp de base. On fait abstraction de tout ce que l’on ressent, et on finit par arriver, en miettes : il est 19h30, et la nuit est déjà bien tombée. La famille nous invite à boire un thé avec eux, mais nous sommes si épuisés et si écœurés que nous ne passons que peu de temps avec eux, sans rien toucher.

On va vite dans notre yourte, où l’on se fait une toilette sommaire mais bienvenue, et on allume le feu. Les garçons mangent un petit morceau, puis on va se coucher : cette fois, on est arrivés, pour de bon.

30 Septembre 2019 : Encore une journée sur la route

Ce matin, à notre demande, nous partons tôt. Nous avons beaucoup de route pour rejoindre le lac Khövsgöl, et on préfère éviter d’arriver en pleine nuit. De mon côté, ce n’est pas la grande forme ! Je ne peux pas déjeuner, je suis malade, et le trajet dans la voiture est une véritable torture : on est secoués dans tous les sens.

La température est glaciale dehors, et pourtant j’ouvre la fenêtre, je n’en peux plus. Au bout d’1h30, nous arrivons à un petit village. Je demande que l’on m’achète du coca et de la compote pour le midi, car je ne pourrai rien avaler. Nos accompagnateurs acceptent. On est également censés prendre une douche, mais notre chauffeur ne s’arrête pas aux bains publics.

Alors qu’on repart, je demande à notre guide où est-ce que nous prendrons notre douche. Réponse : le chauffeur ne veut pas faire le détour, donc nous ne prendrons pas de douche. Je commence à être lassée de devoir m’énerver tous les jours pour des choses normalement inclues. Encore une fois, je suis obligée de hausser la voix, en expliquant que nous étions censés prendre une douche il y a déjà 4 jours, donc que le chauffeur a plutôt intérêt à s’arrêter dans le prochain village et à nous payer une douche chaude. Cela fonctionne, et heureusement.

On roule, on roule, on roule, c’est interminable. Nous sommes partis à 9h ce matin, et à 13h30 nous finissons par arriver dans un minuscule restaurant, perdu dans la steppe. Les garçons commandent un plat typique, je mange ma compote, qui a un peu de mal à passer. Des Singapouriens arrivent alors que l’on a terminé, et parlent de leur expédition chez les Tsataans, réussie pour eux. On leur explique ce qu’il s’est passé pour nous, ils n’en reviennent pas. Leurs photos sont belles, on est déçus de ne pas avoir vus les rennes de nos propres yeux.

Alors que l’on prend nos affaires pour repartir, le chauffeur demande que l’on attende leur groupe au cas où il s’embourbe. Ils viennent à peine d’arriver, si on les attend, il y en a pour plus d’une heure ; et surtout je suspecte le chauffeur de juste vouloir passer du temps avec le leur. Je passe pour une sans cœur, mais je refuse : hors de question de perdre encore une heure de notre journée. Notre chauffeur se targue sans arrêt d’être expérimenté, nous allons vérifier cela !

On repart, et la pluie s’invite aux festivités en plus des températures glaciales. Cette fois, on se félicite d’avoir abrégé notre trek à cheval, car chevaucher plus de 10 heures sous la pluie et dans le froid aurait fini de nous dégoûter pour de bon. Plusieurs fois, notre chauffeur paraît un peu perdu et s’arrête dans les yourtes qu’il croise pour demander son chemin.

La piste est par endroits boueuse, et bien que nous franchissions plusieurs rivières, nous ne nous embourbons pas. Le chemin est en très mauvais état, et nous parcourons peu de kilomètres en un temps infini. Finalement, vers 16h30, on aperçoit au loin la route d’asphalte, celle qui nous guidera jusqu’au village (et les douches chaudes !).

Lorsque que les pneus de la voiture touchent le goudron, on est tous soulagés et heureux : enfin ! En vingt petites minutes, on arrive à destination. Ce village est l’endroit où notre guide a grandi, elle le connaît donc très bien. On file direction les bains publics, qui s’avèrent propres. Dans les douches, il n’y a pas de ventilation, et je manque de m’évanouir 200 fois tant il fait chaud, mais cela nous fait vraiment du bien de passer du temps sous l’eau. On peut enfin se nettoyer correctement, et surtout se laver les cheveux ! C’est particulièrement bienvenu, notamment après 2 jours de trek à cheval.

En ressortant, le chauffeur nous montre que l’un de ses pneus a crevé, mais qu’il a pu le réparer le temps que nous terminions de nous laver. On repart, direction le lac Khövsgöl !

La route d’asphalte laisse place à une route aménagée en terre ; en très bon état. Notre guide nous explique que le lac est très touristique en pleine saison, c’est pourquoi de tels efforts ont été déployés. La pluie a cessé, et nous arrivons dans le camp où nous passerons la nuit peu avant 19h.

On s’installe dans notre yourte, toute petite et cosy, et on s’affale sur nos lits. On est encore bien affaiblis par la maladie, et on est surtout crevés par les 10h de route. On profite de la chaleur du feu et d’une petite connexion internet pour donner quelques signes de vie à nos proches.

Plus tard, une personne toque à la porte : c’est Anthony, un français, qui nous a entendu parler et qui est venu se présenter. On passe une bonne partie de la soirée à discuter avec lui, il a aussi dormi chez Roman et Alena à Krasnoyarsk ! C’est incroyable de voir à quel point le monde est petit.

Finalement, vers 23h, on va se coucher : on est claqués et on a besoin de se reposer !

1er Octobre 2019 : Les premiers flocons de Mongolie !

Ce matin, on se réveille tranquillement. On n’a rien prévu de la journée, et on a envie de rester dans nos lits toute la journée : on a besoin de récupérer. On ne sort pas de la journée, ou presque. On lit, on joue aux cartes, on glande, on donne des nouvelles, j’avance sur mes articles… Cela nous fait beaucoup de bien !

Le midi, j’ai toujours du mal à manger, alors je me contente de compote. L’après-midi passe, et vers 17h, on entend comme de la pluie sur le toit de la yourte. On sort une tête, et là, surprise ! Ce n’est pas de la pluie, mais de la neige !

Pour la première fois en Mongolie, de gros flocons tombent en rangs serrés. On est super contents de voir cela, c’est assez incroyable pour nous de voir de la neige début octobre. Il fait terriblement froid, donc on se réfugie à l’intérieur.

Neige au lac Khovsgol

Après 30 minutes à peine, on ressort : cette fois, la neige a tenu, et le sol est tout blanc ! On enfile des vêtements chauds, et on sort profiter du paysage hivernal. Pour compléter le tableau, des yacks se promènent dans le camp, et ils sont eux aussi en manteau neigeux.

On passera un bon moment à prendre des photos, les caresser (de force !) et contempler la neige autour de nous. C’est trop beau !

On mange, puis on va se coucher, épuisés de cette journée.

2 Octobre 2019 : Vive le vent, vive le vent d’hiver

Ce matin, même rengaine. On se lève assez tard, on déjeune, on glandouille… Je commence à regarder les hébergements à Pékin, mais il ne reste plus grand-chose dans nos prix. Comme on n’a pas encore de dates exactes, on préfère attendre un peu : parfois, les offres de dernières minutes sont alléchantes.

En fin de matinée, on enfile nos vêtements : il est temps d’aller profiter un peu de l’épaisse couche de neige qui s’est formée pendant la nuit ! D’ailleurs, quand on ouvre la porte, on découvre qu’il y a désormais plus de 10cms au sol, et que la neige continue de tomber.

On sort bien couverts, et on va se promener le long du lac. Il fait environ -5 degrés, et par endroits nous avons de la neige jusqu’au milieu des mollets ! La brume est épaisse, nous ne voyons pas le bout du lac : on dirait la mer.

On passe un long moment à se promener, on ne verra pas la neige avant longtemps : autant en profiter ! En rentrant, on décide de faire un bonhomme de neige. On s’y met tous les 3, et petit à petit, notre protégé prend forme. Il a une drôle d’allure, mais on s’amuse beaucoup ! On le finalise, avec une carotte pour le nez et des fleurs pour les yeux, puis Bimba, le chauffeur, le porte avec les garçons pour le poser sur une souche. Notre chef d’œuvre est terminé ! On le nomme Arnaud, évidemment.

Sunny, notre guide, nous prévient que nous partirons en début d’après-midi pour la ville de Moron. La neige est épaisse, et la voiture risque de rester coincée : il vaut mieux ne pas prendre de risque. On mange le repas qu’elle nous a préparé, on salue Arnaud, puis on file !

Nous mettons tout de même 3 heures pour rejoindre notre destination, et nous nous félicitons d’être partis aujourd’hui : c’est toujours ça de gagné sur la journée de demain. On dort dans la même guesthouse-yourte que la semaine dernière, et on passe la soirée à se reposer et profiter de la connexion WiFi qui nous est offerte !

3 Octobre 2019 : Dans le cratère du volcan 

Ce matin, on part tôt. Nous avons beaucoup de route pour rejoindre le point d’intérêt du jour : un volcan éteint, sur lequel on peut randonner. On décolle à l’heure, et nous avons la joie de découvrir qu’une bonne partie du trajet se passe sur une route goudronnée.

On roule, on roule, on roule… Le temps s’étire à l’infini. Les paysages sont enneigés et beaux, et nous croisons un lac si lisse que l’on dirait un miroir dans lequel se reflètent les pics alentours. C’est à couper le souffle. On profite du bon état de la route pour vaquer chacun à ses occupations.

Finalement, vers 13h nous arrivons dans un petit restaurant. La carte est bien fournie, mais on apprend que de nombreux plats sont indisponibles, et qu’ils n’ont ni ravioles, ni œufs. Il n’y a aucune option pour moi, on leur ramène donc deux œufs en provenance de notre coffre ! Je leur demande des œufs à la poêle, et ils me regardent bizarrement. Notre guide m’explique qu’ici, on ne mange pas les œufs « crus », et qu’elle-même n’a jamais goûté des œufs cuits ainsi !

Notre repas arrive : soupes de viande pour les garçons, salade et œufs pour moi. Je me régale, eux nettement moins. La viande dans leur plat est en fait des morceaux de gras, et le bouillon n’a pas vraiment de goût. On commence tous à saturer de la cuisine mongole ! Notre guide nous explique d’ailleurs qu’ici les gens mangent tous les jours le même plat, il n’y a pas de diversité. Outch, on est bien contents d’être nés en France !

On repart, plus ou moins calés, pour de nombreuses heures de route. Vers 16h, on arrive enfin. Au loin se dessine le cratère du volcan, qui ressemble à une montagne à laquelle on aurait coupé la tête ! Notre chauffeur nous dépose en bas, et nous commençons l’ascension. Celle-ci n’est pas très sportive, mais la neige rend le terrain glissant. On aperçoit de nombreuses traces de pattes de lapins qui suivent le chemin, c’est très amusant !

Après plusieurs dizaines de minutes, nous arrivons en haut du volcan, et embrassons la vue sur le cratère. Il est bien moins impressionnant que celui vu précédemment, mais la vue alentours est tout de même sympathique. On fait le tour du cratère, ce qui nous prend un bon moment, puis nous redescendons.

Encore une fois, nous glissons dans la neige et mettons du temps à descendre ! Arrivés en bas, nous sommes gelés. Pour nous réchauffer, nous attaquons une petite bataille de boules de neige avec notre chauffeur, ce qui finira de le glacer.

Il nous emmène ensuite dans un petit chalet, où nous passerons la nuit. Nous dormirons au 2ème étage, dans une chambre tapissée de lits. Ici, pas de lits individuels, on dort tous sur une espèce de couche géante ! On se choisit chacun un endroit, puis on s’étale. Plus tard, un groupe de filles arrivent, et elles choisissent une autre chambre. On joue un peu aux cartes, on câline la minette de la maison qui attend des chatons, puis on va se coucher après manger. On s’endort bien vite, on est tous fatigués !

Steppes Mongoles

4 Octobre 2019 : Dernier jour dans les steppes mongoles

Ce matin, on se prépare et on part à l’heure prévue : 9h. Nous avons encore de nombreux kilomètres à avaler, et notre chauffeur nous fait prendre un raccourci pour gagner du temps. Cela nous fait quitter la route goudronnée pour des pistes en très mauvais état, mais bon.

La voiture des filles nous suit, et ne cesse de faire des arrêts cigarette. A chaque fois, notre chauffeur s’arrête aussi. Au bout d’un moment, on râle un bon coup : ras le bol d’attendre ! Notre chauffeur finit par comprendre, et ne les attend plus.

A 13h, on s’arrête dans une gargotte pour manger. Le restaurant n’est vraiment pas propre, et nous ne sommes pas en confiance, mais ce ne sera pas la première fois ! Nos plats n’ont rien d’appétissants, et sont même plutôt mauvais. Tant pis, on se rattrapera avec des Snickers !

On repart, et sur la route, on aperçoit pas moins de 4 renards ! Des faucons, busards et même d’énormes vautours font également partie du spectacle. C’est superbe, on dirait que la Mongolie donne tout pour ce dernier jour. Les paysages changent, on se croirait de nouveau dans la région de Gobi : c’est montagneux et il n’y a plus un pic de neige.

Au bout d’un long moment, on atteint enfin une route d’asphalte ! Mais pas pour longtemps : on rejoint très vite une nouvelle piste, qui nous emmène droit dans un parc national. Dans le parc, on a l’impression d’être en Afrique centrale. Cela ressemble à un véritable safari ! Les plaines jaunes et les dunes de sables, égayées par de nombreux buissons et arbustes, sont entourées de hautes montagnes marrons.

C’est vraiment beau, et bien que le trajet soit encore une fois vraiment long, on apprécie pleinement la vue qui s’offre à nous.  Vers 17h, on arrive à un monastère détruit, qui est l’objet de la visite du jour. L’endroit nous frappe par son silence et ses chevaux en liberté. On se promène un peu, puis on s’assoit.

Tout un coup, un hurlement rompt le silence. Mes cheveux se dressent sur ma nuque, on retient tous notre souffle : c’est un loup. Le hurlement est repris par la meute, et se répercute sur les montagnes alentours. Il n’y a aucun doute à avoir, ce sont bien des loups.

On est à la fois tétanisés, à la fois émerveillés par ce superbe spectacle auditif. Les chevaux hennissent, les vaches meuglent, et quelques animaux esseulés descendent la montagne ventre à terre, de là d’où proviennent les hurlements, pour rejoindre leur troupeau. Notre guide est aussi effrayée que nous, mais nous décidons de ne pas bouger pour profiter encore de ce spectacle inouï.

Les hurlements résonnent à la chaîne, ou presque. Cela donne la chair de poule, les loups ne doivent pas être bien loin, peut-être en pleine partie de chasse. De temps à autre, on entend une vache meugler de toutes ses forces au loin : c’est un cri de souffrance, les loups l’ont peut-être blessée…

On reste à cet endroit quasiment une heure, car on sait qu’un tel cadeau de la nature n’est pas près de se reproduire de sitôt. Dans ce temple détruit, avec les hurlements des loups qui résonnent à l’unisson, on se sent tout petits, à la merci de la puissance de notre planète.

Finalement, nous rejoignons la voiture, pour rejoindre la famille nomade qui nous accueille ce soir. Notre guide nous explique que pour fêter la fin de notre voyage, une grande cuisse d’agneau sera cuite dans les pierres brûlantes ce soir : c’est un repas de fête. Elle s’appliquera aussi à nous cuisiner ce que l’on a préféré : des pâtes au thon et des nans indiens.

On s’installe pour la dernière fois dans notre yourte, chauffée aux crottes d’animaux. On va dans la yourte de Sunny pour cuisiner avec elle, on papote, c’est agréable. La famille nous appelle pour l’agneau, et les garçons se régalent : il paraît que c’est très bon ! Apparemment, demain nous pourrons traire leurs chèvres. On espère que ce sera bien le cas !

On mange le repas que nous a préparé notre guide, puis on regagne notre yourte : il est temps d’aller se coucher ! Avant d’entrer dans nos duvets, on profite une dernière fois du ciel étoilé qui s’offre à nous : on voit la voie lactée, et je vois même une dernière étoile filante !

5 Octobre 2019 : retour à la civilisation

Ce matin, on se lève à 7h, bien décidés à traire les chèvres de la famille ! On se prépare, on prend notre petit-déjeuner, puis le patriarche nous rejoint, un saut à la main.

Il attire les chèvres allaitantes avec des fruits, puis en attrape une. Il nous montre rapidement comment faire, puis c’est notre tour ! Cyril commence, car c’était son rêve, et l’un de ses attentes en Mongolie. Il s’avère que les mamelles des chèvres sont toutes petites, et c’est plus difficile qu’il n’y paraît ! Au début, il n’a pas la bonne technique, mais le lait finit par arriver.

Tour à tour, on s’essaie à la traite des chèvres. On s’envoie du lait sur le pantalon, les jets vont n’importe où ! Ce n’est vraiment pas facile, et on y arrive plus ou moins bien. C’est assez amusant, et on repart avec une faible pitance : quelques centilitres qui se courent après.

On décolle peu après, direction Oulan-Bator ! Sur le chemin, on croise un cheval mort, tué par les loups. Les vautours, hauts de presque un mètre, s’en donnent à cœur joie. Ce pays nous étonnera jusqu’au bout.

On roule, on croise d’autres animaux morts, et après encore un très long moment, après manger, nous arrivons à Ulan-Bator. Il est 16h. Nous mettons notre linge au lavage, on salue nos guides, puis on part en ville pour régler deux trois courses.

Le soir, on s’offre une pizza, vraiment attendue, puis on va se coucher après avoir acheté nos billets de train pour la ville frontière. Nous passerons les deux jours suivants à récupérer de ces 23 jours de folie !

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