Phnom Penh

Phnom penh

11 Décembre 2019 : Une entrée en douceur à Phnom Penh

Nous sommes arrivés la veille de Kampot après un trajet de 6h en bus. Nous sommes très contents d’avoir quitté cette ville, qui s’est avérée un échec du début à la fin ! L’ambiance y est malsaine, les « bars à filles » remplies de mineures colonisent les rues, des vieux blancs dégueus se traînent le long des allées à la recherche d’une nouvelle proie ou accompagnés de jeunes filles trois fois plus jeunes qu’eux… Nous avions prévu un arrêt pour manger dans un restaurant de raclette tenu par un Suisse, fermé le soir où nous devions y manger. Bref, c’était un désastre total et on a fui le plus vite possible.

En arrivant à Phnom Penh, on s’est rendu compte que la ville est propre et agréable comparée à Kampot. Notre auberge de jeunesse est bien placée, sympathique et avec piscine ! Une bouffée d’oxygène après notre expérience précédente. Pour rattraper l’épisode décevant de la raclette inexistante, Cyril décide de nous emmener dans une pizzeria bien notée dans le coin. Effectivement, les odeurs y sont délicieuses, on se croirait chez un italien ! On se régale avec d’excellentes pizzas 4 fromages, et on se brûle tant on la mange vite. C’est ce qu’il nous fallait pour nous requinquer.

Cependant, au fil des jours passés dans ce nouveau pays, on se rend compte que la vie est chère en comparaison des pays voisins. Le budget estimé est faux, et la note grimpe rapidement même sans faire d’activités. Heureusement que l’on a un peu plus que prévu !

Ce matin, on met le réveil : nous allons déposer nos demandes de visa Thaïlandais à l’ambassade. Nous avons anticipé en achetant de « faux billets » d’avion et en imprimant tous les documents à Kampot afin de pouvoir déposer le dossier aujourd’hui. Le traitement de la demande prend 3 jours, et cela tombe pile poil : nous repartons 3 jours plus tard, le timing est parfait. On prend un tuk-tuk qui nous emmène à destination.

Sur place, on découvre une machine bien rodée : ici, contrairement à l’ambassade du Cambodge au Vietnam, ils ont l’habitude des demandes de visas. Tout est fait pour aller vite et bien, c’est très pratique. On remplit nos formulaires avec l’aide d’un Thaïlandais, puis nous récupérons un petit numéro à l’accueil. On nous fait patienter dans une salle d’attente, où les candidats sont appelés par des numéros, comme dans les hôpitaux. Alors que l’on attend notre tour, je stresse un peu : les candidats avant nous se voient poser plein de questions, et certains repartent sans avoir le droit au visa. A priori, ce sont des personnes qui ont visité la Thaïlande plusieurs fois et plusieurs mois cette année, et le gouvernement tend à bannir cette pratique.

Notre tour arrive, et après examen très rapide de notre dossier (quelques secondes), la dame nous demande les 80$ requis. On ne nous pose aucune question, et on ne nous demande pas de documents supplémentaires : ouf ! Notre dossier passe facilement : compte en banque bien rempli (on nous demande une attestation de la banque indiquant le montant de nos économies), voyage en couple et premier séjour dans le pays. Tant mieux pour nous ! On ressort avec un bon qui nous permettra de récupérer nos passeports dans deux jours.

Ensuite, on arrête un tuk tuk pour aller dans la seule librairie française de la ville. Nous n’avons pas de guide pour ce pays, ni pour la Thaïlande, et cela s’avère être un handicap. Trouver les infos sur place n’est pas forcément facile, et cela aide bien pour comprendre les visites que nous faisons. Malheureusement, on découvre que la librairie n’ouvre qu’à midi, et il est tout juste 10h.

A pieds, on se rend au Palais Royal, résidence du Roi. Devant l’édifice, il y a une immense place, et plus loin une pagode d’où l’on entend de la musique. Curieux, on décide d’aller voir. Dans une toute petite pagode, un orchestre joue des instruments traditionnels, des gens prient et font des offrandes, brûlent de l’encens… Il y a sans doute une célébration ! Devant nous, une femme est en train de se faire raser la tête. Au fur et à mesure, elle met ses cheveux dans un petit panier rempli de fruits et de fleurs : ce sera une offrande à Bouddha. C’est très dépaysant, et nous sommes ici en immersion complète. C’est beaucoup moins touristique que le Vietnam.

Ici, les visages sont beaucoup plus sombres, et on ressent une influence très forte de l’Inde. Par moment, on a même l’impression de s’être trompés de pays ! Les vêtements, la nourriture, la culture, on trouve de nombreuses similitudes. On croise également des enfants mendiants : la pauvreté est plus visible que dans les pays jusqu’ici traversés.

Finalement, on se décide à entrer dans le Palais Royal. Une fois devant, une armée de tuks tuks nous arrêtent et nous disent que le Palais est fermé entre midi et deux. Comme par hasard, ils nous proposent de nous emmener à d’autres endroits, qui ne seraient pas fermés. Mouais, la combine, on la connait… Mais force est de constater que c’est vrai ! On se rabat donc sur un temple, à l’architecture typiquement khmère. C’est joli, et on passe un bon moment. On caresse les chats recueillis par les moines, échangeons quelques mots avec un moine et parlons avec d’autres français en voyage au long cours.

Palais royal Phnom Penh

Ensuite, on retourne à la librairie, que l’on trouve enfin ouverte ! Par chance, ils ont les guides dont nous avons besoin. La librairie se trouve dans l’institut de la langue française, et tout le monde parle un excellent français ici : c’est étonnant après tous ces mois en anglais. Une cliente sur place se montre moqueuse et désagréable, et on se dit que finalement, les français ne nous manquent pas vraiment.

On mange un bout dans une gargote, assis par terre, entourés de khmers. C’est très sympa, et on voit nettement la différence au niveau du prix ! Finalement, l’heure d’ouverture du Palais Royal arrive, et on peut enfin le visiter.

L’entrée est chère (10$ par personne, sachant que notre budget journalier est de 23€ par jour et par personne) ; mais le palais est très joli. C’est l’endroit où le roi est couronné et réside de temps à autres. D’ailleurs, il est dans le palais en ce moment : le drapeau royal bleu flotte au-dessus de l’édifice. Nous sommes impressionnés par l’architecture du palais, les toits sont travaillés et beaux, les détails nombreux. Cela change de tout ce que nous avons vu jusqu’ici !

On prend notre temps, on flâne dans le parc du palais, puis nous passons vers la Pagode d’Argent. Elle est située dans l’enceinte du palais, et sa particularité est la suivante : le sol est pavé de blocs d’argent ! Ils sont au nombre de 5329, et la pagode abrite un Bouddha en or, incrusté de 2086 diamants, dont un de 25 carats. De quoi se payer quelques années au soleil !

Pagode d'argent

Après cette visite, nous décidons de rentrer : il est déjà 17h, et nous avons quelques 17 kms au compteur.

12 Décembre 2019 : La visite de la prison S21 et des Killing fields

Alors que le réveille sonne, on émerge assez tôt de notre lit. Aujourd’hui, une longue et difficile journée nous attend : nous allons visiter la prison S21 et les Killing fields, traces des atrocités commises par les Khmers rouges de 1975 à 1979. La visite sera difficile, on le sait, mais elle est à nos yeux indispensable pour mieux comprendre l’histoire du pays, mais aussi pour effectuer un devoir de mémoire, comme pour Auschwitz. En se souvenant des victimes et de l’horreur passée, on pourra en transmettre le récit et éviter à notre génération et à celles à venir de reproduire les mêmes erreurs.

Les Khmers rouges est le surnom d’un régime totalitaire communiste arrivé au pouvoir par coup d’état en 1975. Le fondateur du mouvement, Pol Pot, visait une société cambodgienne nouvelle et autosuffisante. Pour cela, il décida de vider toutes les grandes villes de leurs habitants et d’envoyer ceux-ci dans les campagnes afin d’en faire des fermiers, qui travailleraient la terre pour nourrir le pays. Une grande partie de ces personnes, ne sachant pas cultiver, sont mortes de faim ou ont été exécutées car ne produisant pas la quantité voulue de riz. Il était interdit de cuisiner pour soi-même ou sa famille, les repas (parfois seulement quelques grains de riz) étaient fournis par la communauté. Ceux qui cueillaient des fruits pour se nourrir étaient arrêtés et envoyés en prison, car cela était considéré comme le vol d’une propriété du gouvernement. Quelques 3 millions de personnes, sur les presque 8 millions que comptaient le pays, ont été assassinées par le régime des Khmers rouges.

De plus, tous les intellectuels (à savoir que le simple fait d’avoir les mains soignées, de parler une langue étrangère ou de porter des lunettes suffisait à être catégorisé comme intellectuel) étaient déclarés ennemis de l’Etat, et ont été envoyés dans des prisons ou directement exécutés. L’une de ces prisons, nommée S21, se trouve à Phnom Pen et est aujourd’hui visitable. C’est une prison ultra secrète, découverte lorsque le gouvernement a été renversé par les armées vietnamiennes, et dont les agissements ne sont pas sans rappeler ceux des camps de concentration nazis.

La prison se trouve dans un ancien lycée, vidé de ses élèves, et est restée telle qu’elle depuis sa découverte. Les barbelés sont toujours là, les barreaux aux fenêtres aussi, mais aussi les tâches laissées par le sang, qui a marqué définitivement le sol de l’établissement… Dans cet endroit, synonyme d’horreur, de tortures, de faim et de déshumanisation, des personnes (hommes, femmes, et même enfants…) ont attendu d’être secourues, mais personne n’est venu. Les geôliers n’étaient que des adolescents qui avaient entre 12 et 20 ans, plus facilement manipulables. Je ne m’attarderai pas sur les sévices subis par les prisonniers, tous plus horribles et innommables les uns que les autres.

Dans cette prison où sont passés près de 20 000 personnes, destinée à faire parler des innocents soupçonnés d’être des traîtres, les détenus n’étaient pas censés mourir : on attendait d’eux des confessions, très souvent inventées, avant de les envoyer à la mort, dans les Killing fields (champs de la mort), situés quelques kilomètres en-dehors de la ville et tout aussi secrets.

Nous avions déjà été confrontés à l’horreur dans les camps Auschwitz et Birkenau ; mais cela ne nous a pour autant pas empêché de ressentir l’ampleur de ce qu’il s’est passé ici, tant d’années après la chute du régime nazi. Les lieux sont graves, les témoignages déchirants, et l’audioguide nous a compté l’histoire de cet ancien lycée avec beaucoup de douceur et de talent. Nous sommes ressortis de la prison bouleversés, mais nous sommes maintenant une petite part de la mémoire du monde. En ayant appris tout cela, en ayant vu toutes ces photos de personnes qui attendaient une aide potentielle qui n’est jamais venue, nous ne pouvons que nous révolter de l’inaction des pays occidentaux contre les camps de concentration Chinois.

Après une courte pause déjeuner où nous avons rencontré une fille souhaitant aussi se rendre aux Killing fields, nous embarquons tous les trois dans un tuk tuk pour sortir de la ville. Après une vingtaine de minutes, nous arrivons sur place. Les Killing fields sont l’endroit où les ennemis d’Etat étaient assassinés. Le gouvernement des Khmers rouges partait du principe que « il vaut mieux tuer un innocent que de laisser vivre un ennemi » et que « pour éliminer une mauvaise herbe, il faut l’arracher à la racine ». Ainsi, les familles complètes, bébés compris, des accusés de traitrise au gouvernement étaient assassinées, pour empêcher que les générations futures ne se vengent. Des Killing fields, il y en avait 380 à travers le pays, et dans celui que nous visitons (le seul visitable), quelques 300 personnes arrivaient chaque nuit pour être exécutées dans le secret le plus complet. En tout, plus de 20 000 personnes ont été tuées ici. La visite est très difficile, et contrairement aux camps d’Auschwitz et Birkenau, les personnes étaient ici tuées à la main, en plein air, au son de chants révolutionnaires crachés par des hauts parleurs pour que les fermiers alentours ne se doutent de rien. Alors que nous évoluons dans cette vaste étendue, on aperçoit à plusieurs reprises des lambeaux de vêtements ou encore des ossements sur le sol. Un mémorial contenant les restes des victimes a été érigé sur le site, mais il est désormais plein : les ossements et lambeaux continuent cependant à remonter à la surface, mais il n’y a nulle part où les accueillir.

Dans les Killing fields, les personnes n’étaient pas détenues, mais exécutées dès leur arrivée. Si les Khmers rouges n’arrivaient pas à tuer tous les arrivants dans la nuit, ceux-ci étaient enfermés dans une bâtisse pour la journée, et assassinés la nuit suivante. La visite est encore une fois très difficile, mais ainsi nous nous rendons compte que dès que la vigilance s’abaisse, les gouvernements peuvent faire d’horribles choses.

Après cette visite, nous décidons de rentrer : les visites nous ont pris la journée, et nous sommes lessivés émotionnellement et physiquement.

13 Décembre 2019 : Wat Phnom et le marché central de Phnom Pen

Ce matin, nous nous réveillons tranquillement. Nous n’avons pas mis de réveil, car la journée ne devrait pas être trop chargée. On commence par prendre un tuk tuk jusqu’à Wat Phnom, à l’autre bout de la ville.

Ce temple, construit sur une colline artificielle, héberge les cendres de la famille du fondateur de la ville, nommée ainsi en référence au temple. Arrivés au pied de celui-ci, nous sommes émerveillés par les détails et les sculptures que nous découvrons. Des nagas géants, serpents magiques, nous accueillent et longent les escaliers menant au temple. Le temple, quant à lui, est beau et renferme de très nombreux Bouddhas. Le lieu est calme et beau, nous en profitons un beau moment. C’est apaisant après les visites de la veille.

Wat Phnom

Ensuite, nous nous promenons un peu dans le parc alentours avant de nous diriger vers le marché central, le plus gros de la ville, pour acheter nos billets de bus pour le lendemain. Tout se passe très bien, et on reste impressionnés par tant de facilité ! Après ça, à nous le marché !

Celui-ci se différencie de ceux déjà visités par sa taille : il est gigantesque, et on y trouve absolument de tout. Aussi, nous remarquons que les commerçants sont ici tous chinois. Finalement, nous arrivons dans le coin streetfood du marché. Ça tombe bien, c’est l’heure de manger ! Comme toujours, nous privilégions un stand victime de son succès, pour ne pas tomber malades.

On prend un plat chacun plus une boisson, et nous en tirons pour 3,50$ à deux : voilà enfin des prix raisonnables ! On se régale, et les portions sont généreuses. Les prix sont affichés en riels, et on comprend enfin à quel point le dollar est une vaste arnaque.

Après cela, on rejoint notre auberge avant de nous diriger vers l’ambassade de Thaïlande pour récupérer nos passeports. Petite danse de la joie : hourra, on nous les a délivrés ! A nous les 2 mois en Thaïlande ! On est très contents. Pour regagner notre auberge, nous n’avons pas internet et il est donc plus compliqué de trouver un tuk tuk. On en arrête quelques-uns sur le bord de la route, mais ceux-ci nous annoncent jusque 6 fois le prix payé par l’application ! On n’est pas très contents, donc on se met en marche (à pieds !). Finalement, un tuk tuk accepte le (vrai) prix proposé, non sans avoir tenté de négocier. Il ne faut pas abuser non plus !

On passe la soirée à avancer sur nos récits, et on mangera une excellente pizza 4 fromages dans la « cantine » du moment !

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