Yuanyang

Yuanyang

30 Octobre 2019 : Un très long trajet pour aller au bout du monde

A 7h30, le réveil nous tire du lit. Notre bus en direction de Yuanyang et de ses rizières part à 10h20, il ne s’agirait pas de le louper ! On se prépare et on décolle rapidement.

Arrivés à la gare routière, on trouve facilement notre bus, et on embarque. Oh ! Des français. Décidément, la Chine est pleine de français. C’est une famille elle aussi en tour du monde (c’est à la mode, on dirait !). Ils ont commencé leur voyage deux jours après nous, et on discute bien avant le départ. D’autres français entrent également, mais ils ne nous saluent pas, ne nous regardent même pas et vissent leurs écouteurs sur leurs oreilles. Mouais.

Selon notre guide papier, le trajet durerait entre 7h et 8h. Le bus n’est vraiment pas mon moyen de transport préféré, mais bon, pas le choix ! Le temps défile, les paysages aussi. Nous nous enfonçons dans la campagne chinoise, et on a l’impression de remonter le temps. Les cultures se font de plus en plus nombreuses, on a hâte de découvrir les rizières.

A midi, on fait un petit stop où nous mangeons des chips et de la charcuterie pour Cyril. Ce n’est pas ouf, mais on se rattrapera ce soir ! Après cette courte pause, on repart. Les français qui nous évitent ont mangé dans le bus, peut-être de peur que l’on leur adresse la parole. Nous sommes assis à 70 cms d’eux dans le bus, et pourtant ils nous tournent résolument le dos. Drôle de façon d’envisager le voyage.

On lit, on dort, on écoute de la musique, on joue un peu sur nos téléphones : on essaie de faire passer le temps ! Vers 17h00, le bus s’arrête. Le chauffeur vient nous voir (les blancs) et nous dit de descendre ici pour Pugao, le village où nous nous rendons. Je jette un œil à mon téléphone, et voit bien que nous ne sommes pas arrivés à Xinjie, le terminus où nous devons nous rendre pour ensuite prendre une navette très peu chère pour le village de Pugao. C’est en fait un stratagème du conducteur, monté avec un de ses amis : en nous débarquant à quelques kilomètres du terminus, nous n’aurions pas le choix de la navette, et du donc du prix.

De toutes façons, nous devons aller à la gare routière pour prendre nos billets de bus pour Hekou, la ville-frontière avec le Vietnam. Nous refusons de descendre. Le chauffeur râle un peu, mais repart. Tiens, bizarrement, les français qui nous ignoraient jusque là daignent se retourner lorsque l’on déjoue l’arnaque pour tout le groupe, alors qu’ils étaient prêts à sortir.

A 17h30, nous arrivons pour de bon à Xinjie. Ouf ! Par contre, la gare routière est fermée, donc nous devrons faire autrement pour nos billets de bus en direction de Hekou. Deux femmes nous abordent : elles se proposent pour nous emmener à Pugao. La famille en tour du monde nous rejoint, ainsi que les deux français qui jusque-là nous évitaient. On demande le prix : 10 yuans par personne, pour 1 heure de route. Ok, on monte !

La famille vient avec nous, et lorsque l’autre couple entend le prix annoncé (moins cher que celui annoncé par l’autre femme avec qui ils ont commencé à partir), ils se précipitent dans notre minivan et s’installent vite. Sachant qu’il y a tout juste le nombre de places, on apprécie moyennement. S’il manquait des places, ça aurait été pareil. Ça confirme vraiment le mauvais à priori que l’on avait d’eux : ils ne sont pas intéressants et égoïstes.

 Le minivan décolle, et on apprend qu’eux aussi sont en tour du monde. Eh bien ! Je laisse la famille discuter avec eux, je n’ai pas vraiment envie de discuter alors qu’ils nous ont snobés pendant 8 heures. On s’arrête payer les droits d’entrée à la zone des rizières (!), et sous nos yeux se dévoilent les premières rizières. C’est tellement magnifique ! A notre grande surprise, elles sont remplies d’eau : quelle joie ! En Octobre/Novembre, c’est assez rare. Nous avons beaucoup de chance.

Village de Pugao Laozai

Une heure plus tard, nous arrivons à Pugao. Le village a les pieds dans les rizières, et ici il n’y a pas d’aménagements ou de constructions pour touristes. Cette fois-ci, on se croirait au bout du monde, dans un reportage ! C’est la Chine ancienne, rurale et traditionnelle que nous découvrons, pour notre plus grand plaisir. On est vraiment heureux d’avoir choisi de rester 6 jours ici, là où la majeure partie des voyageurs ne restent qu’une ou deux nuits.

A l’aide de notre GPS, et malgré quelques fausses routes, nous arrivons dans notre guesthouse, au cœur du village. Dans le village, aucune boutique ni restaurant : nous sommes aux anges. Nous sommes accueillis par Jacky, le propriétaire : un chinois qui a appris l’anglais. Nous ne sommes pas les seuls ici ! D’autres voyageurs sont là, tous assez âgés, et surtout tous français. Décidément !

Jacky nous laisse le choix de la chambre, alors on en choisit une avec vue sur les rizières. Que c’est beau… Juste au-dessus de notre cocon se trouve une superbe terrasse avec une vue imprenable sur les rizières et le lever de soleil. On sait ce qu’on fera les prochains matins !

On est ravis, et nous descendons pour prendre notre dîner. Ici, tout est cuisiné en famille, et on mange à la chinoise. A peine installés, trois plats arrivent, avec du riz : omelette à la tomate, légumes sautés et choux. Chacun notre tour, nous piochons dans les plats, et on se régale. C’est décidé : tous les soirs nous mangerons là ! Ce n’est pas cher et délicieux.

Le WiFi nous permet de recevoir l’e-mail tant attendu : j’ai aussi obtenu mon visa Vietnamien ! Génial. On en profite pour demander à Jacky s’il peut nous imprimer nos papiers, et s’il peut nous réserver nos billets de bus pour Hekou : la réponse est oui aux deux. Cooool, nous voilà tranquilles !

Après cet excellent repas, nous montons nous coucher et rattraper notre retard dans nos récits. Les lits sont équipés de matelas chauffants, le pied !

31 Octobre 2019 : Des rizières à perte de vue

Ce matin, nous nous réveillons vers 8h30 pour avoir le temps d’aller randonner dans les rizières alentours. On prend le petit-déjeuner proposé par l’hôtel, car c’est un peu la seule alternative vu le village dans lequel nous sommes. On mange un max de tartines, car on sait qu’a midi il n’y aura pas grand-chose pour manger.

Ce repas avalé, Jacky, le propriétaire de l’hôtel, nous rejoint et attrape un plan dessiné par ses soins. C’est notre itinéraire du jour ! C’est assez surréaliste : il nous explique le chemin que nous devons suivre avec des repères tels que « tourner au poteau électrique », rester sur la gauche le long des rizières… On a un peu peur de se perdre, mais bon !

A priori, nous partons pour une randonnée à la journée, mais nous ne savons pas exactement combien de kilomètres nous devons parcourir. On remplit nos gourdes et c’est parti, on y va. La randonnée commence par un tronçon de route sur 5 kms. Enfin… sur le papier ! En réalité, nous marchons presque 7 kms pour arriver au départ de notre randonnée. On s’arrête acheter des fruits et des biscuits chez un maraîchère pour le midi, et on repart de plus belle.

Peu à peu, les rizières se dévoilent sous nos yeux. Wahou ! Nous en avons déjà vues du toit-terrasse de l’hôtel, mais le spectacle change à chaque virage, et c’est véritablement magnifique. Peu à peu, nous nous enfonçons dans les rizières sur un petit chemin pavé. Nous sommes seuls au monde ici. De temps à autre, nous croisons un paysan en train de travailler dans les champs.

Nous sommes assez surpris de découvrir que la majorité des personnes qui travaillent ne sont pas des paysans mais… des paysannes ! Que ce soit dans les champs, au bord des routes ou dans le bâtiment, il n’y a que des femmes qui travaillent. C’est assez étonnant.

Terraces de Yuanyang

Au bout d’un moment, nous traversons un village Hani, la même ethnie que dans le village où nous logeons. Ici, les femmes portent toutes l’habit traditionnel : chapeau et vêtements colorés et brodés. On est frappés par la différence entre ces villages et les grandes villes que nous avons jusque-là croisées. Ici, les bœufs, canards et poules se promènent librement entre les maisons, et même à l’intérieur de celles-ci. Les maisons ne sont presque pas meublées, la population doit être très pauvre, malgré le travail harassant qu’elle abat chaque jour.

Le village traversé est plein de dédales, et nous finissons par nous perdre un peu. Heureusement, il y a des habitants à chaque coin de rue, et globalement ils sont assez enclins à nous aider. La petite carte de Jacky nous aide bien à nous faire comprendre ! Finalement, on retombe sur le petit chemin pavé, et on continue notre marche.

A partir de ce village, le terrain est en pente raide, et nous en sommes tout de même à 14 kms de marche ; alors on ralentit un peu le rythme. A ce moment, surprise ! Une vieille dame, d’au moins 70 ans, descend les marches à pas de fourmis avec un énorme tas de boisseaux de riz sur le dos, accroché à son front. Nous n’en revenons pas… Ce qu’elle porte doit peser au moins 30 kilos, et vu la pente, c’est invraisemblable. Tout au long de notre randonnée, nous croiserons d’autres femmes (uniquement) qui portent elles aussi des charges énormes à l’aide d’une lanière qui passe sur leur front. Nous sommes époustouflés, mais aussi tristes de voir un tel spectacle.

Arrivés en haut de cette côte, nous nous retrouvons face à un panorama à couper le souffle. Les rizières s’étalent en quantité, jusqu’au fond de la vallée. Quelle beauté ! Le ciel se reflète dans l’eau, quelques canards (utilisés pour enlever les parasites et assainir les rizières) barbotent, et nous avons toujours cette impression de bout du monde.

On ne résiste pas à l’envie de marcher sur les contours des rizières, conçus pour permettre la circulation de bassin en bassin. C’est plutôt solide ! Sur certains tronçons, on s’enfonce un peu, mais cela reste impressionnant.

On continue notre chemin, émerveillés à chaque pas. On ne cesse de se répéter que l’on a une chance inouïe d’être ici, seuls, tant que le tourisme n’a pas encore fait ses ravages. Dans les villages le long des routes, tout est en construction : on sent que l’état de grâce ne durera plus très longtemps.

Nous traversons un autre village, qui offre un superbe point de vue sur les rizières. On ne sait plus où donner de la tête tant tout vaut le coup d’œil. Nous ne cessons de mitrailler ces paysages, devant lesquels nous avons rêvé enfants puis en grandissant.

Les travailleurs nous saluent, et certains se prêtent même au jeu des photos ! C’est chouette d’être salués sans crainte, et on regrette un peu de ne pas pouvoir échanger davantage. Le chemin devient de plus en plus étroit, et nous devons finalement marcher le long des rebords en terre des rizières. Cette fois-ci, nous sommes au cœur des plantations ! Il faut faire attention où nous mettons les pieds pour ne pas tomber dans l’eau boueuse.

Nous sommes un peu fatigués, mais nous n’osons pas regarder le compteur de pas de peur d’être découragés. On ne se lasse pas du paysage, les rizières n’ont pas toutes les mêmes couleurs car toutes ne contiennent pas de riz : dans certaines poussent des sortes de choux, des salades, des légumes… Certaines terrasses sont mêmes asséchées pour permettre la culture du maïs ou de courges. Nous ne savions pas que d’autres végétaux poussaient dans les rizières, c’est une surprise pour nous.

A force de nous enfoncer dans les rizières, on se perd encore une fois. Cela nous permet d’observer un paysan qui retourne la terre à l’aide d’un bœuf, de l’eau jusqu’aux cuisses. C’est vraiment une vision incroyable. Nous croisons également des enfants qui rentrent de l’école en suivant les chemins boueux. On a l’impression d’être dans un reportage !

Finalement, nous retrouvons la route après avoir grimpé une bonne volée de marches. Un coup d’œil au GPS : 13 kms nous séparent du village de départ. Bon, il faut trouver une âme charitable qui accepte de nous laisser monter dans sa voiture. Jacky nous a prévenus : pour tout type de service, il faut payer. Contrairement aux informations données, aucun minibus ne se présente. Tant pis, on va marcher en attendant.

Plusieurs fois, des minibus nous dépassent, et malgré nos bras tendus, personne ne s’arrête. Nous sommes un peu résignés. Au bout de presque 2 kms, une voiture passe, on lève le bras : bingo, elle stoppe sa course. On montre le nom de notre village en chinois, et le chauffeur accepte de nous laisser monter. Nous n’avons pas discuté du prix, alors on espère juste ne pas se faire arnaquer à l’arrivée.

La route défile, on est refaits de ne pas avoir à marcher. 13 kms en plus de ce que nous avons déjà parcouru, c’était vraiment trop. A presque 2 kms de notre village, la voiture s’arrête et se gare devant une petite maison. Oh, on dirait que notre chauffeur habite ici. Cerise sur le gâteau, il ne nous demande rien. Incroyable !

Yuanyang

On repart en direction du village : la partie restante, c’est du gâteau. On arrive enfin à la guesthouse, épuisés. On retrouve Didier et Marie, les deux jeunes retraités en grand voyage. On est bien contents de se revoir, et on s’installe sur le toit pour papoter. On regarde nos compteurs de pas : ah oui, quand même ! Nous avons marché pas moins de 25 kms aujourd’hui, nous explosons donc notre record.

A 18h30, la cuisine ouvre, et on se jette tous tels des malheureux autour d’une table : on meurt de faim. Nous partageons le repas avec nos amis, et c’est vraiment vraiment sympa. Une espagnole se joint à nous, elle aussi retraitée. Elle parle très bien le français, et est venue s’installer 6 mois dans le Yunnan pour apprendre le chinois. Que de diversité et de parcours différents, c’est incroyable.

On se régale, c’est très bon, bien que nous ayons à partager nos assiettes façon chinoise. On aurait bien mangé plus, et on en conclu qu’il vaut mieux s’installer à des tables différentes car les portions sont les mêmes que l’on soit 2 ou 5 (?!), puis se rejoindre une fois servis.

Une jeune roumaine, Alice, arrive entre temps et se joint à nous. La conversation se fait en trois langues, c’est vraiment un bon moment. Jacky nous explique ensuite quelle randonnée faire le lendemain, et on repart avec un plan des plus approximatifs en poche. C’est l’aventure !

Finalement, il est l’heure de se coucher, alors on salue nos amis avant de se glisser dans notre lit chauffant.

1er Novembre 2019 : On se casse la margoulette

Le réveil sonne à 6h ce matin, mais pour la bonne cause : on veut assister au lever de soleil sur les rizières ! On s’habille chaudement puis on rejoint le toit-terrasse de la guesthouse. Chouette, les premières lueurs du jour apparaissent !

Peu à peu, les couleurs du ciel changent, et les rizières apparaissent. Tels des miroirs, les bassins reflètent le ciel, c’est à couper le souffle. Les couleurs sont belles, mais comme nous sommes au cœur de hautes montagnes, le soleil peine à apparaître et lorsque nous finissons par l’apercevoir, les couleurs ont disparu. Heureusement que nous nous sommes levés tôt pour profiter des couleurs changeantes du matin !

Nos amis nous rejoignent pour la fin du spectacle, puis nous allons petit-déjeuner. Nous sommes encore une fois affamés et finissons tous les toasts présents sur les autres tables. Au moins, rien n’est gaspillé !

On retourne se préparer, puis on décolle direction un village Yi, une autre ethnie, situé plus bas dans la vallée. Cette fois-ci, pas de chemin pavé : nous devons sauter de rizière en rizière sans perdre de vue le village afin de le rejoindre. C’est beaucoup plus sportif, heureusement que le nombre de kilomètres est bien inférieur à la veille !

La vue est encore une fois superbe, et nous vivons un peu l’expérience des travailleurs d’ici. Descendre, ce n’est pas facile, alors remonter sur plusieurs kilomètres nous paraît impossible ! Ils sont drôlement courageux et endurants, d’autant plus qu’eux marchent très chargés.

On saute de rizière en rizière, on se perd dans les champs de maïs, et ce qui devait arriver arriva : je pose un pied dans un bassin après un saut particulièrement difficile. Mince, j’ai la chaussette trempée et la chaussure aussi. Je râle un peu, mais ce n’est pas très grave. Nous continuons notre chemin.

Alors que nous sommes un peu perdus dans les champs de maïs et que je mène la marche, des herbes hautes me cachent un trou dans le chemin. Ce n’est pas vraiment un trou, c’est plus une absence de chemin sur une trentaine de centimètres, ce qui fait que le chemin en-dessous est à plus d’un mètre de là où nous nous trouvons. Je marche de bon cœur, et je pose le pied là où il ne fallait pas : la moitié de mon corps s’effondre un mètre plus bas. Malheureusement, mon pied droit est resté à moitié sur le chemin de base, et je me blesse assez fortement.

Cyril vient vite me remonter, mais c’est trop tard, le mal est fait. La douleur au pied droit est intense et me tire des larmes. Pourvu que je n’aie pas l’orteil cassé… J’aimerais rentrer, mais il faut se rendre à l’évidence : nous sommes entre les deux villages, mais notre village d’origine est bien trop en hauteur pour essayer de le rejoindre, il faut donc continuer. Nous sommes sur les rizières, il n’y a aucun chemin, et donc aucun moyen de nous faire aider : je dois prendre sur moi et avancer.

A vue d’œil, il nous reste les 2/3 du chemin à parcourir. Nous sommes dans un endroit magnifique, mais je peine à apprécier le paysage. Chaque pas me fait souffrir et me tortille le ventre : je respire profondément, mais je sais que si je me laisse aller je pourrais m’évanouir tant la douleur est forte.

Notre progression est désormais très lente : je ne peux pas m’appuyer sur mon pied droit, ce qui rend les choses compliquées pour faire des acrobaties de bassin en bassin. Je puise toutes les forces en moi pour ne pas faiblir. Ce voyage, c’est aussi l’occasion de me rendre compte de la force intérieure dont je dispose, des ressources dans lesquelles je dois puiser alors que la situation paraît désespérée.

Rizières

Nous marchons sans relâche, j’essaie de ne pas penser à mon pied qui me lance toujours plus. Je n’ose enlever ma chaussure de peur de le voir gonfler. Au bout d’un long moment, nous apercevons le village Yi, qui n’est plus très loin de nous. Malheureusement, nous n’empruntons pas les bonnes rizières et finissons dans une forêt, dans un simulacre de chemin. Cette fois, je sens que je suis à bout de forces, et ma seule pensée est « tiens bon ».

Après encore un bon moment, nous finissons par retrouver une route : ouf ! Le village est bien en contrebas, mais je ne suis plus en état de le visiter. On regarde le GPS, et nous avons la mauvaise surprise de découvrir que nous sommes à presque 6 kms de notre camp de base, au lieu des 2 prévus. Il n’y a pas un chat ici, nous n’avons pas le choix que de marcher.

J’enlève ma chaussure, mais cela ne m’aide pas vraiment. Nous avons plus de 2 kms en côte à parcourir avant de rejoindre la route principale. Je prends sur moi, de toutes façons il n’y a pas le choix. On fait des pauses tous les 30 mètres, à l’ombre. A certains moments, je ne peux retenir mes larmes tant la douleur est forte.

On entend au loin un moteur. Cyril a préparé son livre à images pour montrer que je me suis blessée : on tend le bras, le minibus s’arrête, je montre mon pied. L’homme n’a pas l’air très motivé, mais on insiste : impossible de continuer bien longtemps comme cela. On lui montre le nom de notre village : pas de chance, il va dans l’autre sens. On lui demande de nous monter au moins jusqu’à l’intersection, où nous aurons peut-être plus de chance. Il prend pitié, et accepte.

Finalement, à l’intersection, il change d’avis et nous emmène en direction de notre guesthouse. On n’en revient pas, on a décidément beaucoup de chance avec nos chauffeurs. Il avale les 8 kms en un clin d’œil, et nous dépose à l’entrée du village. D’ici, il nous reste un peu plus d’un kilomètre à parcourir. L’homme ne nous demande pas d’argent, mais on lui laisse quand même un pourboire pour sa gentillesse.

Bras dessus-bras dessous, on repart dans le village. Je quitte ma deuxième chaussure pour les laver un peu dans un courant d’eau, et je finis donc les derniers mètres pieds nus. Nous arrivons enfin à l’hôtel, où nous nous réfugions sur le toit pour nous reposer et conter nos aventures. Le ciel se couvre, pourvu que nos chaussures sèchent tout de même !

Nous passons l’après-midi à nous reposer, en pensant aux délices que le repas nous réserve : miam !

4 Novembre 2019 : On clôture le chapitre sur une note pas très positive

Notre réveil nous tire du lit à 7h : aujourd’hui, nous partons en direction de Hekou, la ville-frontière avec le Vietnam, et une longue route nous attend. Nous avons passé les deux derniers jours à nous reposer à cause de mon pied ; mais aussi à nous imprégner de la vie du village en observant les habitants vivre et travailler à leur rythme.

En nous promenant, nous avons par exemple découvert que dans ces villages de montagne, les sacrifices étaient toujours pratiqués afin d’apporter de bonnes récoltes et un temps propice à l’agriculture ; et que les villageois vivaient en autosuffisance : toutes leurs récoltes ne servent qu’à leur propre consommation, ils commencent tout juste à exporter le riz produit dans les villes alentours afin de gagner un peu d’argent.

Nous prenons donc notre petit-déjeuner pour la dernière fois chez Jacky, nous payons, puis nous partons en direction de la route principale afin de trouver quelqu’un qui voudrait bien nous déposer à Xinjie, la ville où nous prendrons notre bus.

Le village est recouvert de brume, et nous n’y voyons pas grand-chose. Pour autant, dès qu’une voiture passe, nous levons le bras. Rapidement, une sorte de minibus s’arrête, déjà rempli de chinois. Il va au bon endroit, et le prix nous correspond. On grimpe dans le véhicule, qui sent la cigarette et qui n’est pas de la première jeunesse. Évidemment, on ne peut pas s’attacher, on croise donc les doigts pour qu’il ne nous arrive rien.

Quelques minutes après le départ, le croisement de doigts se transforme en prières répétées à toutes les divinités existantes : on se chie dessus ! Notre chauffeur roule à plus de 80 kms, sur une toute petite route pavée trempée par la pluie battante et alors que la visibilité est proche de zéro : le brouillard masque la route… et le fossé. Pour ne rien gâcher à notre trajet, le chauffeur dépasse chaque véhicule à une allure folle, sans savoir ce qui arrive en face. Plusieurs fois, nous passons à un cheveu de la catastrophe. On s’arrête déposer ceux qui nous accompagnaient, et nous nous retrouvons seuls dans cette voiture de la mort. On se cramponne comme on peut aux sièges, bien conscients que ce ne sera pourtant d’aucune utilité en cas d’accident.

Au bout d’une heure de trajet, nous finissons par arriver miraculeusement à destination. On est tout tremblants, et on tend nos billets au chauffeur, qui ne proteste pas : apparemment, on avait bien compris le prix. Notre heure n’a pas encore sonné !

On achète nos billets de bus, et on attend : départ dans une heure pour Hekou, située à quatre heures de route. Lorsque le bus décolle, nous ne sommes que trois dedans. Cependant, le chauffeur est malin, et dès qu’il croise une personne à pieds, il lui propose de grimper et de la déposer n’importe où sur le trajet contre un petit pot-de-vin. Le chauffeur roule très lentement, peut-être pour être sûr de ne louper aucune opportunité, mais nous ne nous en plaignons pas : après la course folle de ce matin, c’est relaxant !

Au bout d’une heure de trajet, le bus s’arrête dans une petite ville, et éteint le contact. Il vient nous voir et nous prévient : il ne repartira que dans une heure. Mince, nous n’avons pas de quoi manger, pensant arriver à 14h à Hekou. De toutes façons, nous n’avons pas le choix, alors on prend notre mal en patience. On achète un paquet de chips et on s’occupe jusqu’à ce que le bus reparte.

Le chauffeur reprend son manège de plus belle, et le bus est maintenant complet. Il faut bien mettre du beurre dans les épinards ! Nous sommes les seuls étrangers, et nous sommes entourés de femmes des ethnies alentours : Hani, Yi… On admire leurs jolis costumes et les nombreux légumes qui font le trajet avec nous.

Les heures défilent, et nous comprenons que nous ne serons pas arrivés à 14 heures. On fait une petite pause où l’on en profitera pour acheter des bananes, puis on repart. Plus on s’approche de la frontière, plus les gens descendent, et plus la police se fait présente. Nous nous ferons arrêter deux fois : chaque fois les policiers prendront nos passeports, noteront les informations nous concernant et feront plus ou moins de zèle.

A 17h, nous arrivons enfin à la station de bus, située à 7 kms du centre-ville de Hekou. Nous avons repéré un bus qui doit nous emmener, mais les taxis sont bien évidemment déjà présents pour nous accueillir. On leur fait signe que nous ne sommes pas intéressés, et le prix chute d’un coup de moitié. Pour 10 yuans soit 1€20, un chauffeur nous emmène directement devant l’hôtel que nous avons réservé. On apprécie, d’autant plus que l’on commence à fatiguer.

Au moment de réserver l’hôtel, nous n’avions pas le choix : c’était le seul présent sur Booking. Selon les commentaires, ce serait en fait un appartement aménagé avec de nombreux lits. On arrive effectivement dans une espèce d’appartement pas très propre, où il n’y a personne pour nous accueillir. On nous fait patienter sur un canapé, et des hommes se promènent torses nus. Ils ont l’air d’habiter ici. Je me connecte au WiFi, et je reçois un message de l’hôtel : nous devons annuler la réservation (et ainsi perdre l’argent déjà versé) et trouver un autre endroit où dormir !

Les hommes présents nous disent en chinois que le gérant va revenir. Le temps passe, personne n’arrive. Je contacte en parallèle Booking pour nous faire rembourser et pour trouver une solution. Finalement, l’un des hommes nous avoue qu’il n’a pas de place. Je m’énerve un peu, et ils décident de vider l’un des dortoirs de ses matelas afin de nous laisser dormir dans un lit double présent dans la pièce. Nous avons payé pour une chambre privée, et nous ne sommes donc pas très contents. Le déménagement commence, les hommes changent les draps et passent le balai.

On pose nos sacs dans la pièce, loin du lit : vérifions qu’il n’y ait pas de punaises de lit avant d’accepter de dormir ici. On soulève le drap, et on découvre avec horreur l’état du matelas. Nous ne sommes pas difficiles, mais là, c’est trop. Le matelas est troué, rempli de tâches, mais est surtout tâché de sang d’une façon caractéristique : celle qui indique que le lit est infesté de punaises. On sait à quel point il est difficile de se débarrasser de ces bestioles une fois qu’elles ont colonisé nos affaires, alors on est très inquiets. Il est 18h, on est fatigués mentalement et physiquement.

On indique à l’un des hommes que l’on veut faire du change pour ne pas arriver les mains vides au Vietnam. Il nous emmène dans la rue, où une femme assise sur un tabouret nous change nos Yuans an Dongs. On fait signe à notre accompagnateur que nous souhaitons nous promener un peu.

C’est un subterfuge : il n’y a rien à voir dans la ville, mais on veut à tout prix trouver un autre endroit où dormir. Mon instinct me dit de ne pas dormir dans cet « hôtel » : il n’y a pas de serrure pour fermer la porte, l’appartement est rempli d’hommes, et les punaises de lits infestent la place.

On marche un peu, et on découvre plusieurs hôtels. On entre dans l’un d’eux, qui pour le coup ressemble à un véritable hôtel. On demande le prix d’emblée : 100 yuans, soit 12€ ; et on demande également à voir les chambres. Soulagement, la chambre est toute neuve, propre et spacieuse. On dormira ici cette nuit. On les prévient : nous allons chercher nos sacs, et nous revenons.

Mission commando : on se précipite dans l’appartement crado, on choppe nos gros sacs et on dévale les escaliers. Les hommes, dans une autre chambre, ne nous ont pas vus. On rejoint vite notre nouvel hôtel, on paie, on se fait prendre en photo sous toutes les coutures pour prévenir la police de notre passage, puis on va s’affaler dans le lit.

On a très chaud. Le climat est humide et lourd. Je suis encore un peu choquée de cette mésaventure, mais je reçois bien vite un message de Booking qui me propose un nouvel hôtel et de prendre en charge la différence de prix. Je leur dis que nous avons déjà trouvé un hôtel, et ils acceptent tout de même de nous rembourser la différence. On est très contents de leur service client, rapide et efficace.

Maintenant, il est temps de trouver de quoi manger. On tombe sur un petit restaurant, la gérante nous semble sympathique. On montre les plats voulus sur un tableau avec photos, mais sans prix. C’est une gargotte, on est fatigués, alors on fait confiance. On mange bien, mais au moment de payer, la mauvaise surprise tombe : pour 2 plats et 2 boissons, 108 yuans, soit environ le triple du prix normal ! C’est même plus cher que la chambre de cette nuit… Ce n’est pas la mort non plus, mais 14€ pour deux plats, c’est vraiment cher. Cette fois, on perd foi en l’humanité.

On retourne tout tristes dans notre chambre : demain sera un autre jour, nous passons la frontière Vietnamienne !

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